Combien sensibilisés par des appels lancés via la Radio et la Télévision, certaines jeunes personnes rejettent et n’appliquent pas à ce jour les consignes sanitaires données par les hautes autorités du pays dont l’objectif n’est autre que la préservation de la santé des citoyens. Ils se plaisent de rester dehors, lorsque les autres sont confinés chez eux. Devant cet état de fait qu’il trouve regrettable, Hadj Houari, les quatre-vingt-cinq années révolues, nous livre quelques images qui envahissent ses souvenirs en repensant à son passé. «Autrefois, durant la colonisation, dit-il, on nous ordonnait de rentrer chez soi à l’heure où le soleil se couche et d’éteindre les lumières jusqu’à sept heures du matin. «Quelles lumières avions-nous à cette époque», dit-il en nous fixant longuement. Il se souvient de ce mois de Ramadhan passé presque en entier sous couvre-feu. «C’était un mois pluvieux et il faisait froid», se rappellait Hadj Houari. Durant ces sombres nuits coloniales, les Algériens souffraient le calvaire. Le soir venu, ils se contentaient de la lumière du quinquet pour certains, ou de la triste flamme de bougie qui se consumait au fil des heures pour offrir un pâle halo lumineux pour les autres. Le quinquet au pétrole était un luxe. Les gens se calfeutraient chez eux dans une pièce. L’atmosphère était suffocante. Point de commodité comme de nos jours. Quelques chanceux possédaient un poste radio à travers lequel, ils suivaient l’évolution des faits de la Révolution, l’oreille collée au poste. Il fallait éviter tout bruit. Au dehors, pas âme qui vive, seuls les militaires patrouillaient et gare à celui qui ne respectait pas le couvre-feu. Celui-ci risquait la mort. Ce fût des moments difficiles, mais combien imprégnés d’une grande foi et de sentiments de fraternité et d’entre-aides qui nous ont aidé à traverser cet épisode douloureux et combien lourd d’émotions. Dites à nos enfants d’interroger l’histoire, ils sauront ce que leurs aïeux ont vécu. Ce jour-là, ils sauront établir un tableau comparatif par rapport à l’aisance de la vie qu’ils mènent aujourd’hui avec toutes ses commodités, tout en faisant le rapprochement du couvre-feu sanitaire d’aujourd’hui et celui de l’ère coloniale, instauré à dessein d’étouffer la révolution. Voilà toute la différence…Et c’est en ces termes, la tête baissée qu’il prit congé.
Le Carrefour d'Algérie Quotidien national d'information