A notre sens, il serait vain de vouloir colmater la brèche de la détresse infantile lorsqu’on constate que la fonction «de l’opium des peuples» ne peut trouver une issue joyeuse dans la raison qui exclut le savoir de l’inconscient. Autrement dit, «le rapport de l’observation à l’observé ne peut être supprimé par la condition du surmoi collectif». En effet, dans les sociétés capitalistes, le fanatisme du marché et l’extrémisme religieux mettent en avant l’oppression subtile et insidieuse, face à l’illusion prométhéenne de la modernité technologique. Freud nous dira «que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie». De ce fait, cet aspect peut nous laisser penser aussi que la pierre angulaire de l’idéologie islamiste trouve continuellement refuge dans la plus value capitaliste, autrement dit le fonctionnement du devoir religieux est caractérisé par la médiation de la comptabilité: plus tu en fais et plus tu décroches des points. Devant «misère sur terre et gloire dans l’au-delà, le bon sens forgé par l’expression éthique est totalement exclu. Loin de cet impératif religieux, pour fermer cette parenthèse, nous pensons que la rationalité instrumentale a tendance «d’accentuer le désinvestissement subjectif vis-à-vis du lien social». La traduction de l’articulation de l’instrumentalisation de l’ordre religieux et la subjectivité, nous permet de nous pencher sur l’analyse fort judicieuse du philosophe Alain Badiou qui «contextualise» le concept de la subjectivité. Le philosophe dresse une typologie, il y a d’abord la subjectivité qu’il appelle occidentale, qui est en réalité celle des dominés dans les pays avancés économiquement. En deuxième lieu, il existe, la subjectivité désir d’occident qui concerne les démunis, elle éclaire largement une partie du grand mouvement des réfugiés actuels. Puis, la subjectivité nihiliste qui traduit l’amertume, la frustration, à cet égard, le fascisme est «une subjectivité réactive». Ceci dit, nous ne manquerons pas de noter au passage les paroles incongrues du romancier Kamel Daoud et de Michel Onfray qui, lors d’une émission sur France 5, avaient étalé à l’emporte-pièce son ««traité d’athéologie» pour dire qu’en Islam, il n’y a pas de subjectivité. Cette épineuse question nous permet de survoler l’enseignement lacanien qui consiste à dire que «Dieu n’est pas mort, il est refoulement en personne». Dans un deuxième temps, il serait judicieux de se pencher sur l’infantilisation du concept liberté prôné par les adeptes de l’aliénation sociale. Dans ce sens, nous pouvons dire que le désir d’autonomie conçu comme «force de conjonction», aidant à l’émergence du sujet, n’est pas un état autarcique, car elle «s’épreuve dans la relation avec autrui»; ainsi, la notion d’intersubjectivité fondée sur la reconnaissance de l’autre suppose que les sujets sont bien différents. Mais au négatif aveuglement de la raison qui se complait dans les sirènes de la désubjectivation, «la clôture dogmatique qui prend sens dans l’érotisation du sacré, ne nous permet pas de répondre à la possibilité d’émancipation en gadgétisant le concept de liberté ou en l’utilisant à géométrie variable. A titre d’exemple, affirmer le port du voile (burqua), comme étant un signe de liberté, me parait confus et l’énonciation même du désir d’autonomie se fige dans la «pudeur genrée», d’où la question de pudeur qui est une construction culturelle, voir l’article publié dans acte psy le corps comme objet dogmatique. A notre sens, le concept de la liberté ne tire pas son fondement d’une soumission que le sujet tend à «laiciser» avec le moins de frais possible, mais le désir d’autonomie trouve son point de démarcation dans l’insoumission qui forge l’esprit critique. Ainsi conçu, la liberté d’esprit est la condition de la liberté du corps, c est pourquoi Spinoza disait que «la puissance de l’être se définit par l’esprit. Autrement dit, la liberté ne se définit pas par l’usage du surmoi collectif qui forme un goulet d’étranglement quant au bâillonnement de l’expression de l’individualité. Enfin, l’ignorance des dominés comme fondement de la domination nous permet de conclure en disant que l’illusion obéit à une nécessité affective. Enfin, le psychanalyste Freud remarque que la religion à l’inverse de ce que l’on affirme généralement, n’a pas contribué à rendre l’homme meilleur, l’immoralité, écrit- il dans totem et tabou, «n’a pas trouvé moins de support dans la religion que la moralité». Ceci dit, pour lutter contre une déformation chimérique de la réalité décrite par Bounatero, la condition humaine devra prendre l’esprit critique comme une arme préférentielle afin de lutter contre les évidences qui infantilisent les sujets.
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