«Ayna almoubachir ya al kanawat? (Où sont passé les directs)», n’ont cessé de s‘interroger les internautes sur les réseaux sociaux et à d’autres de dénoncer les détournements des revendications portées par des milliers de manifestants pour les tronquer par d’autres liés aux agendas connus. «A défaut de marquer leur temps, ces TV sauvages auront leurs places dans la poubelle de l’histoire», n’ont cessé de dénoncer les internautes sur les différentes pages communautaires. Il faut dire que le secteur de l’audiovisuel, ouvert en catimini après ce qui est appelé communément les «révolutions arabes», baigne dans l’anarchie. Depuis cette ouverture sauvage, la vie privée des personnes est étalée par voie cathodique, d’autres qui ne partagent pas les avis de ces télés sont carrément lynchés et livrés à la vindicte populaire au su et au vu de tous. N’a-t-on pas vu et suivi, avec impuissance, mettre sous les feux de la rampe la sorcellerie? Des charlatans sont mêmes élevés au rang de guérisseurs attitrés. D’autres affiliés à la filière des frères musulmans d’Égypte ont carrément versé dans la pure apologie du terrorisme, incitant à la haine et la violence dont l’Algérie a tant souffert une décennie durant, en perdant plus de 200.000 morts. « Certains vecteurs audiovisuels versent plus dans la publicité mensongère, la violation de la vie privée, l’atteinte à la dignité des personnes, la désinformation et plus grave encore, des attaques contre la cohésion de la société algérienne avec des appels à la haine, au régionalisme et à la fitna », a même reconnu, en 2016, Abdelmalek Sellal, alors Premier ministre. Et depuis, malgré ce constat amer, rien n’a changé et le secteur s’est empiré allant de mal en pis. Pis encore, en bafouant les règles de déontologie journalistique les plus élémentaires, ces TV de la haine, qui dépassent la soixantaine, ont bradé le marché de la publicité en proposant des spots à bas prix et d’autres continuent à fonctionner sans aucune ressource publicitaire. C’est ce qui pousse les spécialistes des médias à se poser la lancinante question suivante: d’où proviennent leurs financements? De droit étranger, échappant de surcroît au fisc algérien en gonflant le rang des paradis fiscaux étrangers, ils ne sont autres que des télévisons offshore. L’Autorité de régulation de l’audiovisuel, créée pour surveiller et dénoncer les multiples dérapages et autres manquements récurrents à l’éthique et à la déontologie de la profession, s’est contentée, jusque-là, de faire le constat sans plus. On se rappelle de sa réaction au lendemain du décès du réalisateur Youcef Goucem, après une tentative d’immolation devant les locaux de la chaîne de télévision privée Djzaïr TV, où l’ARAV n’a fait que pendre un communiqué laconique. Cet organisme s’est contenté d’informer sur la « recrudescence » des plaintes de professionnels contre certaines chaînes de télévision privées pour le non-respect des contrats. L’Arav renvoie ces plaignants aux tribunaux. Tout en rappelant que toutes les chaînes de télévision privée sont de droit étranger, l’ARAV affirme qu’elle « ne saurait se soustraire à ses responsabilités morales et en appelle, une fois de plus, aux autorités concernées pour une mise à niveau du paysage audiovisuel algérien ». Cet organisme a échoué dans sa mission, c’est justement le constat fait par le gouvernement d’Ahmed Ouyahia, dans sa déclaration de politique générale, présentée lundi devant les députés. «Aujourd’hui, l’Algérie compte plus de 200 titres de presse écrite de diverses catégories, une quarantaine de chaînes de télévision, une cinquantaine de radios publiques nationales et locales et plus d’une vingtaine de journaux électroniques (…) Toute cette corporation des médias se déploie d’une manière quelque peu anarchique (…) l’Autorité de régulation de l’audiovisuel n’arrive pas à exercer réellement son mandat, alors que l’Autorité de régulation de la presse écrite n’est pas encore mise en place». Le diagnostic est fait, qu’attend-on pour opérer ce mal qui gangrène le secteur de l’audiovisuel? La réponse est dans le camp du gouvernement qui devra donner un coup de pied dans cette fourmilière sauvage, une action, en somme, tant attendue. Ces chaînes de télévision, hors-la-loi, spécialisées dans « la vulgarisation de l’insulte et l’invective », vont-elles faire les frais de ce prochain assainissement et disparaître totalement du paysage médiatique? «Ce n’est pas une remise en cause de l’ouverture du paysage audiovisuel, mais d’une réglementation d’un domaine d’activité comme il en existe dans tous les pays du monde et pour préserver la santé morale du pays », est-il affirmé à plusieurs reprises, par les responsables du secteur de la communication sans toutefois agir. Le réquisitoire est dressé, pas contre le développement du paysage audiovisuel national, mais contre des chaînes de la haine, hors-la-loi, qui ont créé, des années durant, un environnement malsain fait de suspicion, ajoutant encore de la confusion à cette triste époque que nous vivons.
Le Carrefour d'Algérie Quotidien national d'information