Huitième vendredi. La rue appartient toujours au peuple. La contestation est toujours identique, la mobilisation aussi. Bensalah est élu chef de l’Etat mais cela ne change rien à la donne. «Tous doivent partir», c’est ce que veut le peuple. Mais on n’écoute pas, on ne parle pas, on ne bouge pas. On continue comme avant comme si rien ne se passe, comme si cette mobilisation ne compte pas, importe peu. Le pouvoir fait de la résistance en essayant coûte que coûte de se maintenir attendant le passage de la tempête. Le pouvoir n’aime pas être bousculé, malmené, traité de la sorte. Pourtant, lui aussi salue cette révolution du sourire, cette belle mobilisation pacifique mais rien d’autre, pas la moindre concession. Illogique tout cela, n’est-ce pas? Comment peut-on se féliciter de cette prise de conscience des Algériens sans leur répondre positivement? Comment accepter de «vendredir» depuis maintenant deux mois sans comprendre le message de ce peuple inégalable? C’est la politique du pourrissement, du cul de sac. Telle est la seule explication. Chaque vendredi qui passe sans apporter de résultat est un risque pour le pays, pour l’Etat, pour le peuple. On ne regarde pas dans le même sens, on ne pense pas pareil, On n’emprunte pas le même chemin. On ne sort pas le même vendredi. On ne scande pas les mêmes slogans. Bref, on ne vit pas ensemble dans le même espace et peut-être pas sous le même ciel. Oui, sinon, pourquoi ces millions d’Algériens sortent tous les jours pour battre le pavé? Ils savent qu’il n’est plus possible de revivre ensemble, qu’il est temps d’officialiser ce divorce et de tourner la page, cette longue page de 20 ans de tourments politico-social. Aujourd’hui, le peuple veut réaliser un rêve, une révolution pacifique pour changer le système et se sentir partie prenante de ce pays où le seul pouvoir est le peuple.
Le Carrefour d'Algérie Quotidien national d'information