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Pôle & Mic : L’insémination d’une révolte vertueuse

Baya arpente l’avenue Loubet, faute d’avoir une joyeuse animation musicale, un silence impudique de résignation s’affiche sur les visages. Dans cette avenue, il n’y avait que le bruit sonore des klaxons qui faisait sursauter les passants. Cette jeune femme aux allures décontractées est incapable de se plier aux simagrées des imams qui finissent par transformer les vêtements religieux en lambeaux, pour faire fouetter leurs tartufferies qui se vautrent dans l’oisiveté la plus frustrante en déclamant en permanence le refus de la féminité. Ne leur en déplaise, la jeune Baya vise un dessin plus ambitieux, un autre type d’opium sous les auspices baudelairiens qui l’a fait voyager à travers les différents arômes. La sensualité de l’imagination est de mise, le feu du crépuscule pénètre le rêve de sa patrie par la magie des mots et l’ivresse poétique de l’indignation tout en refusant la divinité tutélaire. Le serveur Salim, d’une agilité exquise, arbore un sourire en offrant à Baya une bouteille de vin, Rais, qu’ il vient de mettre sur le marché. Celle-ci lui fit remarquer son caractère un peu louangeur, mais comme elle est dans le temple des saveurs et de l’ivresse exquise, elle choisit de déshabiller cette bouteille de façon élégante comme celle d’une nana qui fait frimousser la libido d’un garçon. Il est dit que le vin enhardit la sensualité timide. Faisant honneur à l’intelligence viticole, Baya savoure le goût de ce vin qui va peut-être se bonifier avec l’âge sans tomber dans l’agonie de l’acidité qui trouble l’appareil digestif. En levant son premier verre, cette charmante jeune femme entre dans le délire et d’un ton rigoureux fera savoir aux buveurs impénitents qu’il volera aux pieds de plusieurs arbres viticoles. Il s’avère que le vin est le véritable souverain de son cœur qu’elle mandate éternellement. Soudain, devant le délice viticole, le cœur de plusieurs amateurs se serre et palpite de tristesse devant l’urine électorale du cinquième mandat. Le chariot social a du mal à se frayer le chemin de l’espérance. Après le dîner, le couple passe une grande partie de la soirée à contempler les étoiles dans le ciel sinistre implicitement outragé par la dictature conforme. Baya s’interroge. Elle ne sait peut-être pas que nous sommes habitués à vivre ainsi. Pourquoi n’avons-nous pas honte de cette mascarade présidentielle, sale, hirsute dépenaillée qui s’engouffre dans le jeu du pervertissement de l’indépendance entrouverte. La population, depuis des lustres, ne fait que nager dans les canaux d’irrigation d’eau trouble. Hanane interroge son copain: «de cette façon, crois-tu qu’il vont faire ainsi honneur aux ancêtres de la révolution?». Salim affiche sa radicalité en toisant sa campagne du regard: «j’analyse le contexte de façon brutale, on ne peut plus parler de révolution réussie sans interroger les motivations inconscientes des moudjahidines». Gloire en premier lieu aux révolutionnaires communistes armés d’un humanisme chevillé au corps. Ceux qui n’ont pas attendu l’oppression pour rallier la cause noble. En poursuivant la conversation, Salim est catégorique. Il fera savoir qu’il est temps de se débarrasser de cette sensibilité mesquine.

À propos Adnan Mouri

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