La rue gronde, les mots d’ordre hostiles au pouvoir se passent de toute retenue, l’aversion à l’égard du « système » se fait assourdissante. Les précautions de langage n’ont plus cours. La clarté des revendications est on ne peut plus éclatante. Le refus des individus et symboles du régime corrompu sont jetés farouchement à leurs faces dénuées de vergogne. L’opprobre est associé indélébilement à leur image pour marquer à jamais leur longue emprise sur la sainte souveraineté du peuple. Et ils sont encore là ! Pour eux qu’importe l’orgueil légendaire des algériens, ils ne se sentent pas concernés ! Ils ont la hantise de devoir dégringoler d’un piédestal, qu’ils ont monté en marchant sur le dos fourbu d’un peuple, à la conscience anesthésiée par des ères de promesses, lobotomisée par une propagande perfide déversant des flots de mensonges et de chimères à longueur de générations, et aussi d’avoir à rendre des comptes à la nation sur leur gestion prédatrice du pays, d’être expulsés de la vision et de la mémoire collective et remisés dans les fins fonds des archives de l’oubli. Dans des soubresauts ultimes et désespérés, ils tentent de continuer à écumer les centres de décision, dans le seul but de garder la main sur les circuits de corruption qu’ils ont savamment mis en place, avec une stratégie aussi criminelle que diabolique. L’impudeur les habite, la soumission est leur destinée, la servilité est leur unique savoir-faire politique, la prosternation devant les maîtres du moment est leur rançon permanente. Le désarroi les saisit à tel point que leurs gesticulations instinctives de s’agripper au dernier espoir fuyant, n’obéissent plus à leurs discours, au demeurant d’une logique chancelante et trop malmenée par la panique qui les envahit jusqu’au fond de leur être. Ah, comme ils auraient adoré que le mot « dégager » n’existât point ! Douloureuse est la consternation, trop bas est le point de chute lorsque l’on a été trop longtemps grisé par le pouvoir, la finance et la dépravation, lorsque l’exaltation et l’euphorie s’acoquinent pour effacer des esprits le souvenir de la détresse des autres, de ceux qu’ils se sont méthodiquement chargés de ruiner, pour s’assurer à eux mêmes et à leur descendance des trains de vie pharaoniques, n’hésitant pas le moins du monde à fouler aux pieds tout sentiment de décence, sentiment irréfrénable pour une conscience tout juste humaine.
Le Carrefour d'Algérie Quotidien national d'information