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Le professeur en économie, Mohamed Cherif Benmiloud: L’Algérie dépense plus que ce qu’elle ne gagne: pourquoi?

L’Algérien consomme-t-il plus que ce qu’il investit ? Avec un baril qui ne s’immobilise pas et une production plutôt loin des objectifs de la croissance, les dépenses des importations d’un niveau de 35 milliards de dollars, risquent-elles d’«asphyxier» les revenus? Il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas rond, estiment des économistes. Il est vrai que le Gouvernement avait bien négocié les deux premières années de la crise financière. Mais il fallait regarder sur le rétroviseur pour s’apercevoir du «choc», ont estimé des experts.
Cela est surtout, selon ces experts, en rapport avec les réserves de change outre le galop de la démographie dont la trajectoire qui ne suit pas la croissance à cause de la faiblesse constatée de la production. Ces réserves de change, rappelons-le, continuaient à baisser durant les derniers mois de 2018 atteignant les 82,12 milliards de dollars. Elles étaient évaluées en juillet dernier à 94,529 milliards de dollars (elles ont chuté de 2,8 MDS). Les experts préviennent que cette chute pourrait s’accentuer surtout qu’il est incertain que le niveau actuel du baril (70 dollars) se stabilise. Le professeur en économie, Mohamed Chérif Benmiloud, estime qu’à un moment où, comme le confirme le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, les réserves de change de l’Algérie se situent en dessous de la barre des 80 milliards de dollars, « il y a toutes les raisons de s’inquiéter ». Le professeur qui intervenait dimanche à l’émission L’Invité de la rédaction de la chaîne 3 de la Radio Algérienne va droit au but. Il se dit d’emblée «préoccupé» par le niveau actuel qu’ont atteint les réserves de change du pays. Il est quasiment très loin le temps du boom où elles se situaient à un niveau de 150 milliards de dollars. Elles étaient, en tous cas, alignées d’un coup à 114,1 milliards de dollars à fin 2016, estimait à cette époque la Banque d’Algérie. Ces réserves qui descendent, ne laissent pas de marbre les spécialistes et les économistes. Ainsi, l’économiste Benmiloud pose la question de savoir «comment ce stock de devises (80 MDS) va évoluer », sachant, selon lui, que le déficit de la balance des paiements accuse un déficit annuel moyen de 20 milliards de dollars. Constatant le déficit des paiements, l’économiste croit utile de prévenir qu’ «au cas où le baril de brut reste fixé à 70 dollars, ce qui n’est pas sûr et que, de plus, le niveau des importations soit maintenu à 35 milliards de dollars, le pays risque de devoir faire face à un déficit de 7 à 8 milliards de dollars ». Ce qui fait dire à M.Benmiloud, qu’on «dépense plus que ce que l’on gagne». Aussi longtemps, signale à cet effet M. Benmihoub, que si l’économie algérienne ne diversifie pas la structure de son économie et de sa balance commerciale, ses importations vont s’en trouver affectées. Il relève, au passage que la balance des services enregistre, elle aussi, un définit annuel de 12 à 13 milliards. Pour lui, si la production nationale ne suit pas, c’est parce qu’explique-t-il, «on investit peu et qu’on consomme plus», d’autant que, note-t-il, 01 million d’Algériens viennent, chaque année s’ajouter à la population, une croissance démographique dont il observe qu’elle n’est pas adossée à la croissance économique, parce que, selon lui, les usines algériennes ne «tournent pas à plein régime». A propos justement de cette démographique, «une question importante» qu’il lie à la superficie du pays et ses richesses naturelles, l’invité considère que celle-ci pourrait être une bénédiction, sous réserve d’un modèle économique «ambitieux» qui permettrait alors à l’Algérie d’accueillir 100 millions d’habitants et de «compter ainsi dans la sphère internationale». Résumant ses propos, cet analyste en économie constate que les difficultés du pays à démarrer sa machine économique résultent de l’absence d’un projet politique ambitieux, allant au-delà de la loi de Finances, «un document de doctrine, de stratégie, alors qu’il s’agit d’un instrument administratif et budgétaire». Pour redresser l’économie, il y a nécessité, selon M. Benmiloud de libérer l’investissement, mais également l’entreprise publique des tutelles administratives, d’assainir le secteur public pour lui éviter de continuer à être un gouffre financier pour le budget de l’Etat et enfin d’organiser le marché sur des bases concurrentielles, en le libérant notamment de la mainmise des lobbies.

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