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Sécurité alimentaire de l’Algérie La sonnette d’alarme !

L’algérien consomme de plus en plus des calories qui ont cependant la particularité d’être « importées ». Incontestablement, si le pays conforte son statut de soutien aux produits stratégiques de consommations importées, il n’en demeure pas moins que sur le plan de la production locale, il y a du pain sur la planche. On consent à admettre que la sécurité alimentaire n’est plus un vain mot dans le dictionnaire économique mais pour peu que les efforts soient renforcés. Il va sans dire qu’au vu de la hausse de la facture des importations, les céréales se placent largement en tête des produits pourvoyeurs de ces calories. C’est une aubaine que les ménages se tournent quasiment vers les produits calorifiques importés. Une chose est certaine, le nombre de ces calories est en nette augmentation selon les dernières statistiques. L’institut national de la recherche agronomique est à ce propos catégorique. Il assure que les calories consommées par les Algériens sont « en augmentation ». En plus, il s’agit de calories importées et non fabriquées localement. Ce qui laisse à supposer qu’il y a encore du chemin à faire sur le plan de la qualité des produits locaux s’il en existe réellement sur le marché. Le fait que le secteur agricole enregistre une croissance de l’ordre de 6 % ce qui contraste avec la facture des céréales importées, fait dire aux spécialistes qu’il y a absolument déséquilibré entre la production agricole et la population algérienne dont les derniers chiffres sont de plus de 42 millions d’habitants. Il ne faut pas être clerc pour deviner le montant des importations annuelles qui sont de 6 à 7 millions de tonnes. Le pays est au même pied d’égalité avec des pays du sud de l’Europe comme le Portugal et l’Espagne. Mais il ne faudrait pas se réjouir d’avance pour la simple raison que ces calories sont « importées » à la différence de ces deux pays qui les fabriquent. L’émission «L’Invité de la rédaction» de la Chaîne 3 de la Radio Algérienne a reçu, dimanche dernier, le Professeur Chehat Fouad, ancien directeur de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce chercheur est venu exposer les grandes lignes des conclusions du Rapport national sur la sécurité alimentaire. Ce rapport n’est pas avare en enseignements. Dans ce rapport, on apprend que «le nombre de calories consommées par les Algériens est en augmentation», il est même équivalent à ce qui est consommé en Espagne ou au Portugal, mais, «ce sont des calories importées», relève le rapport. Le Professeur Chehat Fouad cite, en premier lieu, les céréales avec «des importations annuelles qui tournent autour de 6 à 7 millions de tonnes». Les experts campent sur leurs positions. Les progrès de la production agricole sont notables mais insuffisants. Pour le lait, c’est pareil, «nous savons, dit-il, que malgré les progrès de la production laitière, il faut continuer à importer des quantités croissantes de poudre de lait pour faire l’appoint». C’est le cas également des viandes blanches, qui «sont produites grâce à des importations annuelles, de l’ordre de 4 millions et demi de tonnes, de maïs, de tourteaux de soja et même de CMV (ndlr, complément minéral vitaminé), qui sont utilisés dans les élevages». Et donc, ajoute l’invité de la radio Chaîne 3, «même si nous n’importons plus de poulet depuis très longtemps, le poulet que nous consommons est à 60% produit grâce à des importations». Certes, durant les 20 dernières années, malgré des conditions climatiques défavorables, le secteur de l’agriculture a atteint une croissance moyenne annuelle d’«un peu plus de 6%», note M. Chehat, mais rapportée aux «2% de la croissance démographique», cette croissance de l’agriculture, estime-t-il, demeure insuffisante, ce qui fait que «l’écart se creuse toujours plus entre la demande globale des consommateurs et l’offre du secteur». «Ce gap, on ne va pas pouvoir le supprimer aisément», avertit M. Chehat.
Déjà qu’aujourd’hui, avec 42 millions d’habitants, nous n’arrivons pas à assurer 80 ou 85% de notre consommation. Qu’en sera-t-il en 2050 où nous serons 60 millions d’habitants et 90 millions en 2100 ? Qui va nourrir les Algériens, si on leur laisse l’agriculture dans l’état où elle est actuellement ? S’interroge M. Chehat, qui tire la sonnette d’alarme, en citant notamment la situation «misérable» de la balance commerciale agricole ou agroalimentaire, dont les exportations de produits agricoles ne couvrent même pas 1% de nos importations agricoles. Comment expliquer la situation actuelle de l’agriculture, pourtant considérée comme un secteur stratégique depuis l’indépendance ? Qu’est ce qu’on n’a pas su faire ? Questionne la journaliste. «On n’a pas su déployer et coordonner sur le terrain cette stratégie», répond le professeur Chehat qui a insisté à dire que «la sécurité alimentaire» n’est pas l’affaire seulement du ministère de l’agriculture, mais c’est un objectif intersectoriel, qui engage plusieurs ministères (hydraulique, pêche, énergie, santé, intérieur, etc…).

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