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Assassinat du chanteur Matoub Lounès: 20 ans déjà !

Il y a 20 ans de cela, Matoub Lounès, auteur, compositeur, interprète et aussi militant pour l’identité et la démocratie, était assassiné. Pour marquer ce triste anniversaire, un colloque international a été abrité par l’université de Béjaia, une occasion de cerner et d’une façon académique la vie, l’œuvre et le parcours de Lounès Matoub. L’objectif de cette première rencontre du genre est de « rendre compte de l’importance du patrimoine immatériel légué, mais surtout, de la portée de chacune des facettes que celui-ci recouvre, qu’il s’agisse de chant et poésie ou de leurs pendants artistique, philosophique et psychologique». Ce colloque s’est focalisé sur l’expression multiple et plurielle de l’œuvre de Matoub, entrevue, comme « un patrimoine qui se reflète à travers une poésie engagée, spirituelle, idyllique, historique, socio-anthropologique, politique voire psychologique », a tenu à souligner Nora Belgasmia de l’université de Tizi-ouzou, qui en fait la démonstration, en déroulant, une flopée de poèmes. Il convient de souligner qu’ont pris part à colloque des chercheurs nationaux et étrangers, notamment de France, du Maroc et du Canada, qui entend lever le voile sur les différents aspects de l’œuvre Matoubienne et susciter en conséquence, selon Boualem Saidani, recteur de l’université de Béjaïa, des « pistes de recherche académique pour un retentissement à la mesure de la popularité de l’artiste, adulé dans toutes les régions berbérophones du Maghreb ». Témoin de son temps, il a chanté durant ses vingt ans de carrière artistique la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les Droits de l’Homme, la finitude, les problèmes existentiels, son œuvre est riche de 36 albums. Matoub Lounès, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est né un certain 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa (Tizi-ouzou) ; à l’âge de 9 ans déjà, il fabriqua sa première guitare à l’aide d’un bidon vide d’huile de voiture et composa dès son adolescence et jeune qu’il était ses premières chansons ; il déserta l’école en 1975 et trois années plus tard soit en 1978, il enregistra son premier album, qui le propulsa au-devant de la scène et réussira à enrichir de par ses œuvres le patrimoine de la chanson algérienne d’expression berbère. Bref, de AY-IZEM à Lettre ouverte aux…Il a chanté haut ce que tout le monde pensait bas. Déclaré persona non grata à la radio et la télévision algériennes et dans les médias et organes de l’État, mais en dépit de cette interdiction officielle, il restait le chanteur berbère le plus populaire et le plus adulé. Durant les événements d’Octobre 1988, alors qu’il distribuait des tracts appelant au calme, Lounès a été intercepté par un barrage de gendarmerie. Il fut criblé de 05 balles et subit 17 interventions chirurgicales, 2 années d’hospitalisation, un sacrum artificiel, rétrécissement de sa jambe de 5 centimètres et handicapé à vie. Ironie du sort qu’il était, en 1994 – en plein boycott scolaire auquel a appelé le mouvement culturel berbère toutes tendances confondues – Lounès était enlevé par un groupe islamiste armé et séquestré pendant 15 jours et condamné à mort par une Fetwa rendu par ces fous de Dieu avant d’être libéré suite à une mobilisation populaire sans précédent. Son combat au côté des causes justes et légitimes lui a valu des consécrations internationales, c’est ainsi que le 06 décembre 1994, il reçut  » le Prix de la mémoire  » décerné par Madame Danielle Mitterrand, Présidente de La Fondation France Libertés (Paris) succédant ainsi à des hommes et des organisations qui ont consacré leur vie à la lutte pour la préservation du souvenir de l’aventure humaine. Une année après soit le 22 mars 1995, le S.C.I.J (Canada) lui remit le prix de la liberté d’expression, puis le 19 décembre 1995, il reçoit aussi le Prix Tahar Djaout décerné par La fondation Abba au siège de l’UNESCO (Paris). Au côté d’hommes et femmes de culture, de la science et de la politique de renommée mondiale, Lounès participa en 1996 à la marche des rameaux en Italie pour l’abolition de la peine de mort et le chantre de la Kabylie ne s’est pas limité à la chanson en 1995, il a aussi écrit «Le rebelle», ouvrage auto biographique paru aux éditions stocks. Lettre aux…, qui lui a valu le disque d’or est son dernier album, où il a repris l’hymne national Kassaman pour le chanter en Kabyle (Aghuru), Lounès est lâchement assassiné le 25 juin 1998 avant la sortie même de cet album et dans des conditions mystérieuses. De cet assassinat, on dit d’abord que Lounès est rentré au pays après avoir terminé l’enregistrement de son dernier album, pour régler le problème du visa de sa femme Nadia. Ce jeudi 25 juin 1998 où le jeudi noir, Matoub déjeune avec sa femme et ses deux belles-sœurs au restaurant « le Concorde » à Tizi-Ouzou, aux environs de 12h30, la famille quitte le restaurant pour rentrer à Taourirt Moussa, le village natal, soudainement et au détour d’un virage, la Mercedès noire du chanteur est prise sous un déluge de feu croisés tirés par des individus embusqués des deux côtés de la route, la fusillade dure quelques minutes et Lounès est criblé de sept balles et achevé avec deux autres. Dans cette même Mercedès noire, on retrouvera plus tard des morceaux de sa cervelle, sa femme, Nadia, blessée, gît à côté de lui alors que ses deux sœurs, également blessées, se trouvent inanimées à l’arrière de la voiture. La nouvelle de l’assassinat de ce chanteur aimé par toute une jeunesse s’est répandue comme une traînée de poudre, les premiers groupes de jeunes qui s’agglutinaient devant l’hôpital de Tizi-ouzou crient déjà à tue-tête « pouvoir assassin », puis toute la région de la Kabylie bascule dans l’émeute pendant deux jours, des édifices publics saccagés et les forces antiémeutes interviennent dans toute la région en renfort impressionnant, et le bilan de ces émeutes fait 03 morts : SALHI Redouane (SIDI-AICH), OUALI Hamza (Tazmalt) et AIT IDIR Rachid (Tizi-Ouzou). Lounès a eu droit désormais à des funérailles dignes de grand martyr. A moins d’une semaine après l’assassinat, la presse algérienne publie un tract du GIA : Hassan Hattab, alors chef de ce groupe terroriste, revendique l’assassinat de Matoub Lounès. Dix-huit années, après la fin tragique de l’artiste, chaque jour, dans toute cette Kabylie, sa voix retentit, du haut de cette colline et au juste à Taourirt Moussa, sa maison est devenu le lieu de pèlerinage de cette jeunesse qui a le rebelle dans le cœur, accueillie par cette vieille dame à la robe kabyle, gardienne du temple qu’elle est, Nna Aldjia malgré le poids de l’âge et la douleur omniprésente de la disparition de Lounès lâchement ravi à son cœur, elle accueille «ses fils de Lounès » comme elle ne cesse de le répéter. A tous ses visiteurs, elle leur renouvelle, à chaque fois, le serment et jure en répétant presque la même phrase comme un leitmotiv : «Tant que je suis en vie, je chercherai encore et j’exigerai la vérité sur l’assassinat de mon fils ». Pour perpétuer l’image et le combat de Lounès Matoub, une Fondation portant le nom du chanteur est créée dont le siège est à Taourirt Moussa, à la maison même de Matoub. Dix-huit années, jour pour jour, après sa disparition, le chantre kabyle marque irrémédiablement la population de cette région qui porte toujours en elle la cicatrice de cette douleur inaltérable. Pour cette population, la pureté principielle des positions de Matoub en faveur de la culture et de l’identité amazighes, son intransigeance dans la défense de l’une et de l’autre, qui détonnent aujourd’hui et font de lui le symbole impérissable du refus des compromissions. Matoub est mort, ses œuvres restent éternelles.

L’affaire Matoub de rebondissements en rebondissements

Deux décennies après son lâche assassinat, l’affaire de l’assassinat de Matoub Lounès continue encore de défrayer la chronique par de nouveaux rebondissements. En effet, La famille du chanteur kabyle a saisi à nouveau la justice, après le témoignage de l’artiste Mouloud Zedek, le 6 juin, affirmant qu’il s’était rendu sur les lieux du crime quelques minutes après qu’il eût été perpétré. «Il y a du nouveau avec ce qu’a déclaré Zedek Mouloud, qui peut constituer un élément important dans l’enquête car, il s’agit d’un artiste de la région et quelqu’un de fiable qui a sa place chez nous», affirme Malika Matoub lors d’une conférence de presse. Qui confirme la saisine du Procureur de la République du Tribunal de Tizi-Ouzou «pour lui demander l’ouverture du dossier». Tout en estimant que la déclaration de Zedek Mouloud est «assez intrigante», la sœur du chanteur invite «Zedek Mouloud à se rapprocher de la famille du défunt pour donner plus de détails sur ce qu’il a déclaré».

À propos Hocine Smaâli

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