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Usage banalisé de la cigarette dans les espaces publics: Quand les fumeurs passifs sont passés à Tabac!

A chaque 31 mai de l’année, qui coïncide avec la Journée mondiale sans tabac, la question de l’interdiction de fumer dans les espaces publics revient comme un leitmotiv. Cette journée mondiale est axée sur les dangers du tabac pour la santé et sur l’action antitabac menée par l’organisation mondiale de la santé (OMS).

«La Journée mondiale sans tabac vise à protéger les générations actuelles et futures non seulement des conséquences désastreuses du tabac sur la santé mais aussi du fléau que le tabagisme représente pour la société», insiste-t-on à l’occasion de la commémoration de cette date. Les experts de l’OMS souhaitent que «chaque journée soit une journée sans Tabac», puisque l’on ne parle des méfaits du tabac que durant cette commémoration. Cette année, cette commémoration sera axée sur «le tabac et les cardiopathies», une campagne que l’OMS veut qu’elle s’axe sur la sensibilisation sur «le lien entre le tabac et les cardiopathies et autres maladies cardiovasculaires, y compris les accidents vasculaires cérébraux, qui ensemble, constituent la principale cause de décès dans le monde». La Journée mondiale sans tabac 2018 coïncide avec une série d’initiatives et d’occasions mondiales visant à lutter contre l’épidémie de tabagisme et son impact en matière de santé publique, particulièrement en provoquant la mort et la souffrance de millions de personnes dans le monde. Parmi ces actions menées, figurent notamment les initiatives «Cœurs mondiaux» et «RESOLVE» dont l’objectif est de réduire les décès dus aux maladies cardiovasculaires et d’améliorer les soins ; ainsi que la troisième réunion de haut niveau de l’Assemblé générale des Nations Unies sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles, prévue en 2018. «Le tabagisme, qui tue actuellement un adulte sur dix dans le monde, est la principale cause de décès évitable», selon les spécialistes en matière de santé publique, qui tirent la sonnette d’alarme sur les proportions alarmantes que prennent les maladies dues à la prise de tabac. En Algérie, chaque année, ce sont 15 000 morts provoquées par la cigarette soit une quarantaine de personnes qui meurent du cancer du poumon chaque jour dont 8 000 cas de cancer sont recensés par an. Les spécialistes de la santé publique estiment à propos des actions de sensibilisation et du plan national à mener qu’il y’a lieu de «rendre le tabac inaccessible et non pas l’interdire”, en insistant sur l’application strict de la réglementation dont l’Algérie s’est portant dotée d’un arsenal mais qui reste sans application. Cet arsenal juridique contre le tabac est instauré depuis 1985, des lois qui sont relatives à la protection et la promotion de la santé en interdisant le tabagisme dans les lieux collectifs, qui ne sont malheureusement pas appliquées dans les milieux de travail ou les endroits publics. Selon l’article 3 de la loi 85-05 de février 1985, l’usage du tabac est interdit dans les établissements scolaires d’enseignement préparatoire, de formation professionnelle et les lieux utilisés pour l’accueil et l’hébergement des mineurs. Mais les spécialistes constatent «qu’aucune sanction n’est exécutée sur les fumeurs au moment ou les non-fumeurs sont “asphyxiés” et ne possèdent aucun “moyen juridique à l’encontre des fumeurs”. L’usage du tabac est devenu banal dans les lieux publics et les non fumeurs sont carrément «passé à tabac», ainsi que des mineurs fumeurs qui restent non protégés. A cela, il faut ajouter la passivité des secteurs censés appliquer la loi qui n’interdisent pas la vente de tabac dans les rues et parfois même par des mineurs et les services de la douane qui laisse aussi passer le tabac roulé et le ministère du Commerce qui l’autorise. Le phénomène de la chicha voit aussi le jour en Algérie au vu et au su de tous. Originaire d’Asie et d’Afrique, le principe de la chicha repose sur un mélange de tabac chauffé grâce à du charbon, produisant une fumée qui, après son passage dans un réservoir rempli d’eau, est inspirée par l’usager au moyen d’un tuyau souple. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, «une séance de chicha (ou narguilé) d’une heure correspondrait à l’inhalation de la fumée de 100 à 200 cigarettes». La chicha est classée donc dans la même catégorie que les cigarettes, puisque sa fumée présente les mêmes dangers que celle des cigarettes classiques. De plus, la fumée moins âcre et associée à des parfums sucrés incite les fumeurs à inhaler plus profondément, provoquant des dégâts importants. Pour les médecins spécialistes en tabagisme, «il n’est pas nécessaire de fumer soi-même pour être intoxiqué par le tabac», parce que arguent-ils «le fait de respirer à côté d’un fumeur signifie inhaler involontairement des milliers de substances dont de nombreuses cancérigènes». «La fumée secondaire est la plus dangereuse pour les non fumeurs et reste plus concentrée en produits toxiques», assurent les médecins qui tiennent à souligner que «le tabagisme passif peut être mis en cause dans de nombreuses maladies du non fumeur dont l’infarctus du myocarde et le cancer du poumon».
Ils sont unanimes ces spécialistes à appeler à l’interdiction stricte de fumer dans les lieux publics. Sur un autre chapitre, sont aussi relevés les risques pour les enfants qui sont particulièrement vulnérables face au tabac. «Même si elle le fait de façon involontaire, une femme enceinte qui respire de la fumée intoxique son bébé», affirme-t-on aussi. «Bien souvent, les enfants ne peuvent pas s’éloigner des fumeurs qui les entourent. Malgré eux, ils respirent donc des substances qui s’avèrent bien plus nocives pour eux que pour les adultes car leur système immunitaire n’est pas aussi efficace en ouvrant ainsi la porte aux infections tels que les otites et les bronchites», relèvent beaucoup d’associations de prévention et de luttent contre les méfaits du tabac qui tirent la sonnette d’alarme sur «le tabagisme passif qui augmente les risques de mort subite du nourrisson et pourrait augmenter le risque de certains cancers tels les tumeurs du cerveau». Une enquête menée en 2004, dans le secteur est d’Alger, a révélé que dans le cycle primaire de 5 à 11 ans, le taux de fumeurs est de 3%, soit 3 à 7 cigarettes par jour, au moyen, ils sont 12% âgés de 12 à 14 ans à fumer, ces enfants et ados consomment entre 4 à 8 clopes par jour. Concernant les lycéens de 15-17 ans, le taux est estimé à 26% de fumeurs, soit 6 à 7 cigarettes par jour. En Algérie, selon l’enquête (GATS 2010), la consommation de tabac à fumer est de 15,3 chez les personnes âgées de 15 ans et plus, elle est 27% chez les hommes et de 1,7 % chez les femmes ; la consommation du tabac à chiquer est de 5,7 % chez les hommes. L’enquête mondiale sur le tabagisme (GYTS Algérie 2013) réalisée chez les jeunes âgés de 13 à 15 ans en milieu scolaire révèle un taux de consommation de tabac de 8,8% (16,1 % chez les garçons et 3,1% chez les filles).
Le Centre Hospitalo-Universitaire (CHU de Béjaia), selon une enquête de terrain sur le «tabagisme en milieu Hospitalier», effectuée par les docteurs, Idiri Taklit et Amari Lamia, sous la direction du docteur Chabati Omar, réalisée sur un échantillon de 700 professionnels de santé répartis sur trois structures (Khellil Amrane, frantz fanon et Targa Ouzemou), il a été constaté que la consommation du tabac par le personnel hospitalier pose en plus des problème habituels liés à cette consommation, l’altération de son image dans la société et la responsabilité de l’institution. L’étude a démontré ainsi que 96,31% des fumeurs sont de sexe masculin contre 3,68% de sexe féminin. Outre, 85,88%des fumeurs espèrent s’abstenir du fumer, sur ce nombre 63,19% expriment un besoin de soutien pour les aider à arrêter, dont 78,65% parmi eux souhaitent un appui psychologique contre 11,23% un appui médicamenteux. A cet effet, la Direction Générale du Centre Hospitalo-Universitaire de Bejaia, soucieuse de jouer un rôle d’exemple en tant qu’institution hospitalière promotrice de santé, attache une grande importance quant à l’application de l’instruction ministérielle du 04 décembre 2014, portant l’objet d’interdiction de l’usage du tabac notamment dans les établissements de santé. Par ailleurs, l’ensemble des usagers des structures du CHU de Bejaia, sont appelés à respecter le droit des non-fumeurs (membres du personnel C.H.U., patients et visiteurs) de respirer un air pur non pollué par la fumée de tabac, tout en respectant les besoins des fumeurs. Cependant il convient de relever que l’organisation mondiale de la santé (OMS) estime que d’ici 2020, le tabac sera la principale cause de décès et d’incapacité, avec plus de 10 millions de victimes par an. Le tabagisme entraînera alors plus de décès à travers le monde que le SIDA, la tuberculose, la mortalité maternelle, les accidents de voiture, les suicides et les homicides combinés.
Alors, pour quand l’interdiction strict de fumer dans les lieux publics?

À propos Hocine Smaâli

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