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Pôle & Mic: Médias entre climat «intellecticide» et fantasme sensationnel

Dans d’autres cas, il va séparer les faits des commentaires, ou recouper l’information. Par contre en privé, c’est un autre type de grammaire qui va être engagée: la «grammaire naturelle». Il s’agit là au contraire de se rapprocher, d’établir une relation, des connivences, de devenir amis. On observe donc ce type de situations où des hommes politiques déjeunent avec des journalistes, ils rigolent, partagent une certaine complicité. Enfin, il distingue une troisième grammaire, celle du «réalisme», dans laquelle les règles dictent d’être réaliste sur les limites de la situation: le manque de temps, le manque d’espace (limitation en signe d’articles par exemple), le manque de marge de manœuvre (si on publie un article trop compromettant pour un annonceur ou un actionnaire, on anticipe les représailles, etc.). Les journalistes doivent donc passer d’une grammaire à l’autre selon les situations. Pour revenir au concept de liberté Cyril Lemieux dira «la Liberté» est un mot trop fort. C’est surtout l’organisation du travail qui offre ou ôte l’initiative, la créativité, la capacité d’action au journaliste. Il y a des dispositifs de travail qui peuvent réduire la pluralité des grammaires et des marges de manœuvres. Or, pour qu’il y ait journalisme, il faut qu’il existe encore des marges de manœuvre, c’est-à-dire une incertitude possible, pour le journaliste, quant à la règle qu’il lui faut privilégier. Dès qu’il n’y a plus d’incertitude de ce type, dès que tout est programmé ou joué d’avance, on n’est plus dans le journalisme». En effet, la tendance de la «modernité liquide» qui caractérise aussi les sociétés dites entrouvertes telles que l’Algérie, se meut en élixir de jouvence accessible à tous par la profusion de sa matérialité technologique qui favorise en soi une «dépossession cognitive». Ce périlleux voyage s’accroche aisément au sceau du conformisme, tout en faisant le lit du sectarisme et à la précarisation psychique. Il serait aisé de voir que le conformisme ambiant sied convenablement avec des routines d’obéissance qui ligotent la subjectivité du sujet parlant. Essayer de comprendre les arcanes du conformisme ne consiste pas à verser dans le mimétisme des modèles orientaux ou occidentaux mais permet d’appréhender la complexité de la crise que peut émettre le fondement de cette conception qui trouve son apport dans la servitude volontaire. En effet, outre cette caractéristique qui plonge le sujet dans une somnolence psychique, «l’impuissancialisme» s’érige comme une vertu et cette conception ne peut qu’accentuer la crise multidimensionnelle. Autre aspect qui peut surprendre c’est bien celui de la rationalisation de l’inhibition ; quand on essaie d’amorcer le processus d’interaction sociale, la répulsion devient l’hymne de résistance qui fera valoir le discours identitaire avec son lot de tyrannie et de musellement de subjectivité annihilant l’individualité agissante.

À propos Adnan Mouri

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