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Pôle & Mic: L’écriture romanesque: magnificence de «l’auto-émancipation»

«L’écriture est la seule forme parfaite du temps». Le Clézio

Les caractéristiques de la répression sociale se résolvent dans des pratiques asservissantes d’où le nœud du musellement de la subjectivité qui plonge le sujet dans la nébuleuse pente monolithique. Il serait intéressant de voir la profonde distorsion de la réalité sociale qui colmate aisément le scénario gris de la régression sociale; outre cette caractéristique pour le moins avilissante, il existe le façonnement de l’imaginaire par le biais de l’écriture qui joint l’altérité en favorisant la rose de la narration d’un futur enchanteur. Il va sans dire que cette fonction jubilatoire de l’art de narrer des histoires est une exigence impérieuse de la vie pour dire comme l’écrivain Montaigne que le sujet «est né pour agir». Devant cet agir «émancipationel» qui met en évidence le degré de la dimension de la sociabilité ou la civilité qui convivialise tout type d’échanges d’où le célèbre cri de Rimbaud «je est un autre», nous pouvons dire que l’écriture, tout en étant un purgatoire d’évasion, regorge dans son sein notre propre névrose. La mise en exergue de cette intériorité qui peut décrypter la fonctionnalité «d’un surmoi toujours aux aguets» ne doit pas laisser l’écrivain se rattacher à la vicissitude du caractère répulsif à l’égard de la psychanalyse, mais bien au contraire donner libre cours aux épanchements romanesque pour pouvoir se frotter à son inconscient tant individuel que social. Ceci dit, les trames narratives qui se succèdent pour décrypter les méfaits de l’assujettissement à la non reconnaissance de l’individualité, tout en traduisant la pernicieuse question de la prolétarisation de l’imaginaire, restent édifiantes. Sur l’aspect «des appareillages «hétéronomiques» qui fait parler la structure narrative tout en mettant en évidence la subjectivité qui lui est inhérente, la référence à la romancière Lynda Chouiten dans son roman «pov cheveux» peut sembler fascinante dans la description de certains malaises qui se racontent de façon apaisante, loin de toute crispation qui dénature le sens même de la fiction. Par la lecture de certains passages ponctués de petites conversations avec la romancière, nous serons tentés de dire que l’écrivaine a essayé à travers son raisonnement de percer les arcanes du sujet humain en associant le malaise psychique au corps. Le titre de son roman en est une parfaite illustration. Elle fera savoir dans un entretien que «la dimension allégorique d’un cheveu». «Parler de cheveux, c’est parler de racines (et donc, d’identité), de mépris, de maltraitance, mais aussi de résistance», en effet, cet assemblage corps /esprit dominé par la castration des sens fera valoir les facteurs d’inhibition. Dans le même entretien, elle fera savoir «que les malaises de l’humanité sont liés surtout à la nature humaine elle-même. L’oppression, le mépris de classe et le patriarcat, dont il est question dans le roman, ne datent pas d’hier. Ce sont des sujets vieux comme le monde». Cette description de la nappe bien lisse de la phallocratie allie bien l’analyse fort judicieuse du sociologue Pierre Bourdieu qui disait que «la domination masculine est bien ancrée dans l’inconscient». Cet aspect réflexif qui déboulonne la pièce maîtresse de la misogynie, pourra nous rappeler l’apport de l’habitus décrit par Bourdieu et pour ainsi dire l’inconscient au sens freudien. En effet, soulever la question épineuse du patriarcat encore prégnante dans une «société entrouverte» comme la nôtre, démontre que la notion du «je» reste encore dominé par la clôture identitaire tout en conjuguant le fanatisme religieux par «cette ignorance sacrée». La réalité de la violence faite aux femmes demeure macabre, citons à titre d’exemple, la fille qui se fait violenter dans le train ces jours-ci par un extrémiste. Cela dit, même si les réseaux sociaux dont facebook est le socle de résistance pour lutter contre cette forme de tyrannie, «les grammaires de contestation» ne seront efficaces voire efficientes que si la prise en compte de la réorganisation des croyances trouve son point de démarcation dans le culte de la pensée. La décrépitude du temps présent ne nous permet pas de se suffire des mots «bateau» défendus par «cette modernité liquide» telle que démocratie participative. Ce constat démontre une réalité associative qui se noie dans le clair-obscur de la pensée conforme. Enfin, pouvoir «instaurer un ordre nouveau» pour faire advenir une auto émancipation, pour reprendre Tosel, voilà le bel idéal dans lequel converge le roman Pov Cheveux.

À propos Adnan Mouri

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