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Pôle & Mic: Alloula: La dramaturgie subversive

«Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre: par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l’individu».  Victor Hugo

Depuis la nuit des temps, l’art théâtral façonne l’imaginaire des peuples par la mise en exergue de la comédie qui lui est consubstantielle. Ceci dit, la vivacité du ton sarcastique n’est pas sans rapport avec le contenu réflexif qui décrypte le fondement même de la pièce théâtrale. Pour vitaliser cette action théâtrale qui se met sous les auspices du culte de la pensée, nous mettons en évidence la citation fort judicieuse du philosophe Alain Badiou sur la définition du théâtre. Selon ce philosophe, la définition se joint par la présentation d’une idée transcendante dans l’immanence de la scène. Pour analyser la définition du théâtre, à travers son analyse décrite dans son livre «l’éloge du théâtre», il a décrypté à la fois «ce qu’est l’immanence des corps et ce qu’est la transcendance de l’idée, sachant que le théâtre ne doit se laisser «absorber» ni dans l’immanence ni dans la transcendance». Le philosophe Badiou «distingue le théâtre de ce qu’il n’est pas pour en définir la spécificité. Le philosophe récuse la distinction entre «théâtre de texte» et «théâtre de corps» pour lui préférer un entre-deux, entre «immanence du corps» et «transcendance de l’image». La mise en exergue de cette valeur esthétique avait trouvé son point de démarcation chez bon nombre de dramaturges algériens dont feu Alloula qui a été foudroyé un 10 mars 1994 par des balles assassines d’un islamisme porté par une violence viscérale qui ne dit pas son nom. En effet, au-delà de la spécificité de la dramaturgie d’Alloula qui brille continuellement par son contenu réflexif et subversif, nous demeurons un peu sceptique, quand nous constatons qu’il reste un peu méconnu chez une petite frange des étudiants victime des sirènes de l’inculture du processus éducatif qui demeure aux abois. Pour rebondir sur l’action théâtrale façonnée par l’illustre dramaturge, feu Alloula, nous pouvons affirmer sans emphase que la dimension de sa comédie revêtait dans sa structure une émancipation sociale qui permet de faire valoir la mise en exergue de l’altérité comme catégorie structurante du champ social. On ne peut que reconnaître que dans l’archétype de la théâtralité de ses textes, résidait un sens profond de la réflexion, qui se nourrissait de lentilles théoriques, prenons l’exemple de «l’Arlequin serviteur de deux maîtres el Adjouad», etc… Susciter l’étonnement dans une pièce théâtrale pour aiguiser le sens critique en faisant ’interpeller la subjectivité du public et pour ainsi dire l’asservissement de l’imaginaire dans lequel on veut laisser l’espèce parlante se complaire dans une forme de léthargie. Cet aspect édicté par le sentiment «d’une régénération démocratique» pour lutter contre le musellement des subjectivités et les «routines d’obéissance», démontre la magnificence de l’archétype théâtral défendu par feu Alloula. Ceci nous fait rappeler les questionnements philosophiques d’un Kant «qui suis-je d’où je viens que m’est-il permis d’espérer». De par le contenu gratifiant, cette socialisation fera appel à la réorganisation des croyances, de ce fait, le caractère avant-gardiste dans ses pièces mettait en scène la dictature de l’actionnariat qui favorisait un mariage de raison avec l’impérialisme. La montée de l’insignifiance décriée par le dramaturge demeure d’une actualité brûlante pour mettre à nu aussi «la pornographie du temps présent». Autre fait qui peut saisir l’actualité de cette dramaturgie, est de dénoncer de façon implacable, l’islamisme politique qui avait pour tâche d’anéantir le lien social et pour ainsi dire le capital culturel. L’analyse de la radicalité du psychanalyste Fethi benslma dans son livre intitulé «un furieux désir de sacrifice «qualifie les jeunes radicalisés de «surmusulman. Le concept «désigne le fait de respecter sa religion avec plus de rigueur. Enfin, la dynamique que des jeunes férus du texte théâtral d’Alloula, nous montre que cette passion ressemble à un arc en ciel qui déambule en essayant de lutter contre «les temps sombres» dont parlait Brecht.

À propos Adnan Mouri

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