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Point de Vue: Boujedra : la tyrannie du narcissisme

Avec le romantisme de idées, l’écriture de vient un genre noble qui essaie d’associer  imagination et entendement sans oublier l’activité consciente et inconsciente qui peut se trouver, se réconcilier aussi. Il va sans dire que l’idée de création comme passion et patience de l’esprit permet au romancier de ne pas être rêveur, inspiré ou fantaisiste seulement mais un artisan aux prises «avec l’inflexible matière», avec nécessité qui n’est pas négation mais l’assiette est la condition de sa liberté. A cet égard, André Gide dira: «l’art naît d’une contrainte, vit d’une lutte et meurt d’une liberté». La culture de l’écrit dégage un élan de réflexion. Que pourrait-on dire du côté sublime de l’écriture qui depuis la décennie noire a perdu de son éclat, de sa beauté, avec cette islamisation qui s’acharne à détruire les idées novatrices. Le fanatisme du marché déprécie l’action culturelle en la noyant dans l’assujettissement à l’utilité, ainsi la logique du buzz devient légion. Devant cette dégradation, le triomphe de la subjectivité essaie un tant soit peu de remplacer la paresseuse fluidité de la «vacuité des sens» par une certaine production littéraire. Même si elle n’arrive pas à dépasser le souffle prophétique de la socialité primaire, elle tente, toutefois, de mettre en exergue quelques bribes d’altérité dans son discours. Cette tentative d’écriture romanesque favorise un processus cathartique secret dans la communauté des écrivains des dogmes et devient à son tour une chapelle. Le mépris de Boujedra à l’égard de certains écrivains et justifié par celui là lui-même, ne cesse de développer une pathétique et scandaleuse rivalité, qui pourrait démontrer, en premier lieu, que l’écrivain en tant que tel serait-il sujet à des blessures narcissiques? Il est tout à fait logique de ne pas être d’accord avec les idées que défendent les écrivains décriés par ce maître penseur, mais ne serait-il pas plus judicieux d’avoir un esprit critique sérieux fondé sur des arguments solides tout en essayant de démontrer les ratages de la soumission affective défendus par ces derniers. L’indignation vertueuse contre ce désert culturel devra impliquer une analyse solide dépassant largement les sonores protestations de la frustration. Cette ambiguïté au sujet de cette rivalité nous laisse perplexe. Face à l’égoisme acquis par une certaine notoriété, cette attitude dégage des sentiments peu honorables. Dans l’opposition saine et pathologique, monsieur Boudjedra essaie d’expliquer par exemple que le journaliste et romancier Kaml Daoud est à la solde occidentale parce quil aurait défendu en outre l’approche camusienne. Au-delà de la fragilité du concept de subjectivité défendu par le romancier journaliste, un écrivain de renommée tel que Boudjedra pourrait-il se satisfaire d’une telle affirmation? Ce caractère d’imprévisibilité de l’écrivain nous fait penser aux analyses de Malek Bannabi qui disait que Frantz Fanon ne pouvait être réhabilité puisque le fondement théorique de ce psychiatre est athée. Ce sectarisme montre l’incohérence de la démarche. A cet égard, nous ne pouvons nous satisfaire de la démonstration de l’écrivain sur l’explication du phénomène religieux qui se place sous les auspices de la dimension nietzschéenne en favorisant une forme de «laïcécité», Pour éviter que l’utilisation de la psychanalyse ne fasse office d’étalage cosmétique chez Boudjedra, nous allons mettre en avant la citation fort éclairante du psychanalyste Lacan qui disait: «je mets au défi chacun d’entre nous que je ne lui prouve pas qu’il croit à l’existence de Dieu». Le déchaînement stérile de Boudjedra n’aliment-til pas une nostalgie dépressive liée à la perte de soi ? Enfin, loin de défendre la théorie sartrienne sur l’engagement de l’écrivain qui dépasse largement nos propos, nous concluons notre analyse avec cette affirmation, l’éthique et la probité intellectuelle peuvent être des motifs possibles pour intensifier la valeur de l’écrivain.

À propos Adnan Mouri

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