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Mouvement de contestation populaire dans le Rif Marocain: Le Royaume sur un volcan

La région du Rif Marocain, est secouée depuis six mois par un mouvement de contestation populaire pour exiger le développement de la région. Les manifestations, avec à chaque fois des incidents violents entre manifestants et policiers, se sont accélérées ces derniers jours et la police a procédé à l’arrestation de dizaines de personnes. En effet, depuis la mort, le 28 octobre 2016 de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson broyé par une benne à ordures après la confiscation de sa marchandise par la police, fin octobre dernier à Al-Hoceima, ville de la région du Rif, les événements se développent à une vitesse effrénée et vont de rebondissements en rebondissements. En sus de la répression qui s’abat sur cette région, le leader du mouvement Hirak, Nasser Zefzafi, en compagnie d’autres personnes, ont été arrêtés et accusés de «crime présumé d’entrave à la liberté de culte» et «atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat». L’arrestation de Zefzafi va-t-elle mettre fin au Hirak du Rif ? C’est là une question à laquelle des militants de cette région rétorquent que «les manifestants n’ont d’autres choix que de descendre dans les rues pour faire pression et demander la libération des détenus». Comme à leurs accoutumée, les médias du Makhzen se déchaînent et accusent Zafazfi d’être à la solde de l’Algérie pour semer la discorde. Il subit ces derniers jours dans les geôles du Makhzen «des violences physiques et morales lors de son arrestation», selon Maître Abdessadek El Bouchtaoui, membre du collectif de défense des détenus du mouvement contestataire du Rif au Maroc au côté de l’ancien bâtonnier Abderrahmane Benamar et le vice-président de l’AMDH, Saïd Benhmani. J’ai constaté une trace de coups à l’œil gauche, blessures au niveau de la tête après avoir été violenté avec un bois. En guise d’humiliation, ils lui ont mis des chaussettes pourries au nez et à la bouche”, affirme encore l’avocat de Zafzafi dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Le royaume marocain fait face à un mouvement de grande ampleur après celui déclenché le lendemain du printemps arabe et en comparaissant entre ces mouvements les médias de sa Majesté tablent sur l’essoufflement du Hirak en tablant sur le programme-manip sorti par le Roi Mohamed VI pour calmer les esprits. « La différence entre le 20 février et le Hirak est que ce dernier revêt un caractère social, tandis que le premier était politique », estime un éditorialiste proche du Makhzen. Ces portes voix du Makhzen oublient et/ou font semblant d’oublier que le mouvement du 20 février 2011 a été encadré par le PJD, un parti qui a récupéré l’esprit et la lettre du mouvement avec pour slogan «la réforme dans le cadre de la stabilité», ce qui a permis à ce parti d’entrer au gouvernement et porter Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti justice et développement (PJD), au poste de Premier ministre qui a dirigé un gouvernement à majorité islamiste. Contrairement aux événements du 20 février, le Hirak est un mouvement populaire spontané, constitué à majorité de jeunes, qui a ébranlé le gouvernement El Othmani, qui succède à Benikirane après le blocage du gouvernement, qui semble être dépassé par l’ampleur des événements. «Le Hirak est le résultat du blocage du gouvernemental et du vide politique qu’il a engendré», estiment beaucoup d’observateurs au fait de la réalité marocaine. Le journal «Al Massae» estime, pour sa part, que derrière les revendications sociales et économiques du Rif, la « nostalgie pour la défense de l’identité amazighe » se dresse en toile de fond. Ce débat, jusque-là cantonné au volet juridique (constitution) et philosophique, se déplace dans la rue, et a été « instrumentalisé », affirme le journal qui met en garde contre le fait de « jouer avec le feu ». L’Opinion, journal officiel du parti de l’Istiqlal, consacre sa Une à l’arrestation de Nasser Zefzafi estimant qu’«après plus de six mois de dialogue ou de tentatives de dialogue vaines face à l’intransigeance des meneurs (…), les autorités, jusque-là tolérantes, semblent finalement opter pour la manière forte et pour l’application stricte de la loi». Le quotidien s’interroge par ailleurs sur le « soutien étranger » dont bénéficieraient les manifestants. Le journal évoque notamment des « financements de Belgique, Hollande et Espagne ». Le mouvement Hirak a dénoncé «une instrumentalisation de la religion» pour discréditer le mouvement contestataire, les imams du Makhzen sont montés au créneau pour descendre en flamme ce mouvement lors de prêches religieux. Parallèlement à ces portes voix du Makhzen, c’est donc un black out médiatique qui s’abat sur cette région du Rif et les medias qui ont essayé de relater les événements et informer en toute liberté en eu pour leur compte. Contre ces medias du Rif, le Makhzen sort la grande artillerie. C’est ce que dénonce Mohamed El Asrihi, directeur du site d’informations rifain Rif24, Jawad Sabiri, reporter-photographe à Rif24 et Abdelali Houdoe, directeur de la page d’informations Facebook Araghi TV, qui lancent un appel à la communauté internationale et aux organisations mondiales de défense des droits humains pour prendre «en charge la promotion de la liberté d’opinion, d’expression et d’information, ainsi que la liberté des médias et de la presse, reconnues par toutes les conventions internationales». Dans une déclaration que nous a transmis nos confrères de Rif24, exhortent les organisations internationales à faire pression sur les autorités marocaines pour «abandonner les charges contres les journalistes et les activistes rifains accusés d’avoir menacé la sécurité intérieure de l’Etat et d’avoir reçu des fonds étrangers» et de mettre fin aussi aux «harcèlements et les arrestations qui frappent le Rif». «Nous faisons face à ces menaces et persécutions pour la simple raison que nous avons traité les événements vécues dans notre région avec objectivité et conscience professionnelle», estiment encore les rédacteurs du document qui se battent au quotidien «pour rapporter et transmettre au monde entier les vérités et la réalité telle qu’elle est, d’une manière neutre». Les journalistes du Rif dénoncent également «les graves violations des droits de l’homme commises par les autorités marocaines envers les journalistes rifains et leurs familles, et leurs tentatives délibérées de faire taire les voix dissidentes et libres» en lançant un cri de détresse pour soutenir leur «cause juste et légitime pour une information vraiment libre, indépendante et pluraliste». Le mot d’ordre de grève générale a été largement suivi le 1er juin à Al-Hoceima, où les manifestations réclament la libération du leader de la contestation et ses codétenus. Les manifestations nocturnes dans cette région se poursuivent à un rythme quotidien et la protestation n’est apparemment pas prête de s’essouffler. La constatation n’est pas seulement circonscrite à Al-Hoceima mais gagne beaucoup de localités du royaume et attire même la sympathie à l’étranger. Le royaume est isolé et se place sur un volcan.

À propos Hocine Smaâli

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