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Fuite des médecins Algériens vers l’étranger: Un «véritable drame national»

Cardiologues généralistes, gynécologues généralistes, médecins résidents dans des hôpitaux du secteur public etc… Le secteur de la santé abonde en effectifs d’encadrement et de médecins. Mais, l’insuffisance dans certaines spécialités-clés de la médecine est perçue aujourd’hui comme une réalité implacable relevée par les médecins eux-mêmes. Le Conseil de l’ordre des médecins attire l’attention sur la réalité de la qualité de la formation et de l’enseignement médicaux qui se pose en termes crus. L’Algérie, pays riche en potentiel humain universitaire, a beaucoup investi dans les ressources humaines et matérielles concernant la santé. Cependant, il n’est pas inutile de rappeler que la valse vers outre-mer des «cerveaux» algériens dont notamment les médecins praticiens et les chercheurs qui se poursuit, est un handicap de trop. Il est devenu en effet quasiment ardu d’empêcher ce flux migratoire de nos médecins vers l’étranger, vu la conjoncture économique difficile du pays et son corollaire l’effondrement du pouvoir d’achat. C’est une «véritable hémorragie» de l’avis des spécialistes du secteur malgré ses avancées.

Cette hémorragie est en train de prendre le pas sur la conjoncture économique actuelle qui suppose une exploitation judicieuse du gisement des compétences et de savoir-faire algérien. Parmi les raisons à l’origine de cette hémorragie, l’insuffisance dans la formation dans les spécialités de la médecine au niveau des facultés de médecine. Des médecins y sont encore formés à ce jour comme généralistes. Au niveau de certaines structures hospitalières du pays notamment dans les services de UMC, on note la présence de médecins résidents de consultation et non de spécialistes traitants. Et quand les spécialistes sont disponibles, c’est l’insuffisance de leur formation qui se pose. Combien de fois des malades ont été obligés de retourner plusieurs fois vers les spécialistes des structures hospitalières pour compléter ou corriger un traitement médical qui leur est prescrit. Des médecins résidents de certaines de ces structures sont, dans certains cas, encore en formation. Ils manquent de connaissances «approfondies» par exemple, en cardiologie ou en gynécologie. Tout compte fait, ce phénomène d’exode des médecins praticiens et de chercheurs algériens n’est pas sans causer un sérieux préjudice tant qu’à nos structures hospitalières et de soin qu’à l’économie nationale qui n’en a que beaucoup souffert ces dernières années. Si l’on prend en considération certains chiffres obtenus par recoupement précisément et, semble-t-il, toujours en état de croissance, ils seraient quelque 13.500 médecins algériens à avoir quitté leur pays pour aller pratiquer leur spécialité en France. Cette hémorragie de praticiens et de chercheurs vers d’autres pays à l’exemple du Canada ou des Emirats Arabes Unis a, entre 1996 et 2006, coûté à l’Algérie environ 40 milliards de dollars. Mais qu’est-ce qui motive réellement cette hémorragie, «un véritable drame national», sachant que certaines régions d’Algérie souffrent d’un cruel déficit de thérapeutes ? Reçu, mardi, à l’émission L’Invité de la rédaction de la chaîne 3 de la Radio Algérienne, le président du Conseil de l’Ordre des médecins, Dr. Bekkat Berkani Mohamed, a, dans ce registre,tiré la sonnette d’alarme. Il observe surtout qu’il existe une «espèce de désespérance ambiante» parmi les médecins qui sortent des Facultés de médecine. Ce qui selon lui, les contraint à aller sous d’autres cieux pour y pratiquer leur spécialité.

Dr. Bekkat note que la formation dont ont bénéficié ces derniers, tant en médecine générale ou de spécialité, «n’est pas suffisamment adéquate» pour des métiers tels qu’on les entend dans la «modernité médicale». On continue, relève-t-il, à former des cardiologues généralistes, des gynécologues généralistes, alors qu’aujourd’hui, c’est la sur-spécialité qui prédomine. Parmi les autres cause de l’exil de membres du corps médical, il cite «l’incertain devenir» de nos collègues dans le système de santé publique et dans l’élite hospitalo-universitaire, auxquels il ajoute les «facteurs de vie en général», qu’il s’agisse, de la progression de carrière, des salaires ou de la position du médecin au sein de la société. Dr. Bekkat suggère de revoir la formation «en nombre», consistant à former moins de médecins et à rendre plus rigoureux les critères d’accès à la formation médicale pour améliorer, selon lui, la qualité de l’enseignement. Il incite, aussi, à dispenser des formations autour de spécialités en adéquation avec les besoins de la population algérienne, dont l’espérance de vie, indique-t-il, est en constante augmentation et qui vieillit en même temps qu’apparaissent de nouvelles pathologies. Concernant la «désespérance ambiante», l’intervenant constate qu’on ne peut la combattre si on ne fait pas l’effort de discuter avec les principaux concernés, pour restituer la place du système de santé, mais aussi celle du médecin résident, dont il relève qu’il travaille dans les services d’urgence, en particulier, dans des «conditions déplorables». En même temps que de revoir le système de fonctionnement de la santé, Dr Bekkat considère vital de changer les mentalités, afin que nos cerveaux, souligne-t-il, ne soient pas tentés d’aller vivre et travailler dans des pays «plus cléments».

À propos B.Habib

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