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Plus belle la vie: L’âne de Buridan

Nous avons trop de bonheur qu’il faut exporter avec les hydrocarbures, ça équilibrera la balance commerciale et ça permettra de renflouer les caisses qui commencent à se vider, avec beaucoup de joie de vivre. Et nous irons aux urnes, citoyens, voter et avec joie, encore! Car on n’est pas un peuple morose, c’est ainsi que nous le confirme une étude, commandée par l’ONU, et faites par un groupe qui relève de son autorité, le World Happiness Report et tenez- vous bien, la Libye cache aussi l’un des peuples les plus heureux sur terre. Bénie soit cette étude qui nous redonne de l’espoir, car sans leurs «vues» objectives, on se croirait toujours malheureux. Et il semblerait donc, selon cette étude, que les gens heureux s’entretuent, s’entre-déchirent…de bonheur, car finalement, la guerre n’est qu’une vue de l’esprit. La philosophie de Berkeley semble se confirmer ici, lui qui nie toute existence autre que celle des idées perçues, pour lui il n’existe que des idées. Depuis le temps, donc, le bonheur est en surproduction, depuis la décennie noire. Il y a accumulation importante, un surplus qu’on peut épargner et rendre, ainsi, plus détendues nos banques, moins crispées sur la rareté de la devise, plus extraverties, en comblant de bonheur leurs comptes, avec intérêts conséquents sur les investissements à venir, si on mise tout ça sur l’amour du pays. Un vieux fellah vous dira toujours, que même si les temps changent, il est heureux de son sort. Même au temps de la misère la plus crasse durant le colonialisme, ils étaient heureux du peu qu’ils avaient et ne laissaient jamais les personnes les plus faibles, les plus démunies, les plus fragiles dans le dénuement total. Ils s’occupaient d’eux, comme de leur propre progéniture. La solidarité était naturelle et personne ne le faisait avec ostentation. Ils riaient, plaisantaient de tout et jamais le moindre conflit ne prenait des proportions dramatiques sans qu’il soit réglé par les caciques de la tribu. Le bonheur, leur bonheur était lié à la terre, à leur lopin de terre de quelques dizaines de mètres carrés. A l’eau, au ciel à sa clémence, à sa miséricorde… Et puis quand après tant d’effort, la terre se vêt de vert, c’est la quintessence du bonheur, et ils levaient les mains crevassées, les mains striées de cicatrices, par le contact permanent avec la terre, vers le ciel si bleu du printemps et remerciaient Dieu de leur avoir donné tant de bonheur en les gratifiant de ces privilèges, de leur avoir donné la santé, de ne pas les avoir privés de la vue pour jouir de la contemplation de sa création. Du vieux fellah, je retins l’anecdote suivante, qu’un âne affamé si vous lui donnez de la luzerne et de l’eau en même temps, il mourra de faim car il ne saura choisir. Etonné que l’exemple du philosophe Buridan soit aussi populaire! Nous avons faim de bonheur surtout me dit-il, car maintenant, nous avons à choisir entre le ventre et le bonheur, et nous ne savons pas choisir: nous mourrons à petit feu, à petit feu, avec toutes ces importations pour nous nourrir, avec cette dépendance de tout vis-à-vis de l’étranger. Le bonheur, lui, ne s’achète pas, ne s’importe pas, on ne peut le facturer. Sans lui, à quoi bon vivre. Même l’estomac vous le dira avec ses crises d’ulcère.

À propos Mostefa Bencherif

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