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Pôle & Mic: L’Islam algérien d’hier

L’islam vécu en Algérie depuis des siècles est un islam porté dans l’imaginaire et dans la façon d’être algérien. Il ne porte pas l’homme, c’est l’homme qui le porte. Il est au service de l’homme, ce n’est pas l’homme qui est à son service. Il est né sans théoriciens et sans idéologues inquisiteurs. Il est instinctif, naturel, humain. Il est sociabilité, fraternité, tolérance. Il est la paix. Il n’est pas décrété par un pouvoir politique. Il est dans la façon d’être de chacun, de tout le monde. Il n’est pas dans un parti, dans une organisation. Il est coranique pas coranisant ni coraniste. C’est l’Islam de l’émir Abdelakader qui aime « celle qui porte le kholkhal » et Ben Badis qui fait « congrès musulman » avec les communistes et d’autres partis du mouvement national, qui ouvre des medersas pour les filles. Cette philosophie n’a pas été l’objet d’une théorie élaborée mais s’est affirmée d’elle-même. L’homme est le centre du monde depuis que Dieu en a fait son représentant sur terre. Il doit être bon, juste, franc, protecteur, libre, à son image. C’est lui qui interprète le Coran en fonction du niveau de ses connaissances, de l’évolution historique de la société, ce n’est pas lui qui lui interdit d’aller vers la raison, d’aller vers la science. Les oulémas réformistes de la tendance de Ben Badis n’ont pas fait dans la harangue et dans l’inquisition. Ils menaient leurs activités dans des cercles religieux, plus que dans les mosquées même avant que certaines ne leur fussent interdites par la colonisation. Cet Islam ne devait pas survivre, au lendemain de l’indépendance. Il ne devait surtout pas être théorisé, théologisé. Il ne lui fallait pas prendre racine dans ce pays qui voulait seulement que sa souveraineté soit celle du peuple. Cet Islam est danger. Il ne confine pas la femme dans ses marmites, le paysan sous la botte féodale, le salarié dans l’étau du pouvoir de l’argent. Cet islam qui porte en lui la justice sociale et la justice tout court et qui n’est porté que dans les cœurs doit être étranglé avant que la génération montante, massivement scolarisée ne serait tentée de l’intellectualiser, de le théoriser, de le séculariser. C’est un précédent dangereux, il faut l’effacer des mémoires. Il faut l’étouffer avant que l’histoire ne s’écrive. Cet islam-là, dérange beaucoup d’intérêts, notamment ceux qui défendent un wahhabisme qui le veut figé et sclérosé, enfermé sur lui-même jusqu’à l’asphyxie. Ne riant même pas de lui-même lorsqu’il considère une femme au volant d’une voiture comme un signe de la fin du monde ou quand il condamne à mort pour cause d’hérésie, fetwa à l’appui, celui qui pense que la terre est ronde et non pas plate comme l’a soutenue jusqu’à sa mort au milieu des années 1990, Abdelaziz Ben El-Baz, l’éminent chef de file saoudien des oulémas de l’islamisme wahhabite.

À propos Taoufik Rouabhi

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