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Plus belle la vie: Philosophie du sou

Le sou donne du souci à la pelle, à la poche, qui tirée de son antre par deux doigts fouineurs, est d’une pâleur à faire peur à un salarié, livide, sous alimenté ; elle prend du ventre avec l’éternel mouchoir, pour avoir l’air et aussi pour essuyer la sueur d’avoir gagné un sou qui descendu en poche, est aussitôt liquéfié, disparu, absorbé. Le sou a les rondeurs de jolies formes aguichantes, il ne les cache pas, pour les dragueurs tous azimuts, la séduction ne passe pas par le bavardage inutile, l’âge ne compte que pour des prunes…, la sébile l’accueille quelques fois par dépit et parce qu’elle donne l’air d’être une tirelire qui va assurer une épargne divine, celle-là avec des intérêts consistants et halal. Le sou fait la nique ces temps-ci au dollar, il envoie balader toutes les devises derrière de sempiternelles actions qui montent, qui descendent mais lui, il est le sou, il est sous, il rend soul et sourd, il est frappé en catimini à l’effigie de pauvres hommes qui ne connaissent de ses prouesses que payer la soldatesque, faire paître les moutons, et attendre qu’il soit flétri pour le repasser à la planche. Le sou ne fait jamais de petits quoiqu’il ouvre l’appétit, il est stérile comme un eunuque, même si élevé en étalon, c’est un amant imprévisible, ses fluctuations, ses humeurs peuvent faire tomber des têtes. Le sou est le même qui nous fait marcher depuis la nuit des temps, avec tous les milliards qu’on puisse avoir, personne ne peut se targuer de l’avoir en sa possession. C’est un peu une malédiction aussi, agréable certes, mais qui reste toujours au travers de la gorge même chez les anachorètes les plus convaincus. Il fait place à une grande interrogation métaphysique: que nous rapporte-t-il? Bonheur ou malheur? Et derrière toutes les guerres, il y a sa présence qui rôde sur tous les fronts comme un fantôme: de la guerre de Troie à celle de l’Irak en passant par celle d’Algérie. Il est là qui harangue les uns et les autres pour de meilleurs lendemains avec lui, pour les victorieux. C’est le diable au bénitier !! Il est la source à laquelle viennent boire les révolutions assoiffées et de là commanditer le système adéquat: américain, russe ou chinois pour un sou de plus ni plus ni moins… C’est le seul qui a mis un djinn à l’intérieur d’une lampe magique, il suffit de frotter, frotter pour repartir avec des intérêts considérables: savoir investir chez les antiquaires, c’est un atout rentable. Surtout quand ce sont des antiquaires qui ont fait la révolution, toute forme de révolution, révolution agraire, scolaire, culturelle aussi comme chez le grand Timonier mais depuis le sou chinois bridé, réduit comme peau de chagrin, contrefait, concurrence, délocalise, piétine, renverse, phagocyte, pille comme une pie tout ce qui brille. Voilà le meilleur exemple à ne pas sous estimer, pour remplir une bourse à moitié pleine ou à moitié vide, personne n’est arrivé à trouver la réponse qu’il faut. Le sou sur cette question reste muet. La seule erreur de Kadhafi est qu’il s’est conduit horriblement mal avec lui. Il l’a bradé à tous les horizons de sa schizophrénie, de ses aventures arabes et africaines, de ses prestiges occidentaux jusqu’à ses déconfitures de fin de règne. Le sou configure des frontières, il en fait des tracés aléatoires: les harragas ne connaissent pas de limites territoriales, géographiques, le pays qu’ils foulent, est le leur et encore plus, c’est à l’intérieur de ces pays que le sou va établir encore des frontières entre eux et les autres, fragilisés sans lui, ils vont devenir esclaves et avec lui, ils vont devenir envahisseurs.

À propos Mostefa Bencherif

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