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Pôle & Mic : Malek Benabi, une pensée dans la non pensée

La question de l’inconscient abordée par l’idéologue penseur nous permet de dire qu’il avait surfé sur la vague de plusieurs écoles de pensée en schématisant à bien des égards leurs savoirs. A titre d’exemple, citons sa critique sur Freud et son penchant pour Jung. En passant au crible la dimension de la sexualité infantile décrite par Freud et l’inconscient freudien qui nous permet de dire selon la formule lacanienne que «le sujet de l’individuel c’est le collectif», Benabi s’est focalisé sur l’inconscient collectif pour décrire la crise multiforme qui sévit dans le pays. Or, que la psychanalyse freudienne s’est consacrée –et se consacre encore- à préciser rigoureusement sa conception du psychisme, qui correspond en fait à la constitution et à l’organisation de la subjectivité, c’est-à-dire du sujet, en tant qu’il se distingue de l’individu. Il ne peut pas y avoir d’individus, prenant place dans la société, si la subjectivité connaît des difficultés dans sa constitution. La psychanalyse freudienne (et donc lacanienne), représente l’articulation de ces 03 dimensions constitutives de la subjectivité. Ces 03 dimensions nommées par LACAN: réel, symbolique, imaginaire, sont nouées de telle façon par tout un chacun, qu’elles peuvent engendrer des troubles particuliers (névrose, psychose, perversion). Outre l’aspect décrit de la subjectivité par l’enseignement de la psychanalyse, une question s’impose à nous, Jung et Benabi ont partagé l’idéologie nazie. Pourquoi ce rapprochement? Au-delà du fait qu’il ait flirté avec l’idéologie funeste du nazisme, sa sympathie à l’égard des frères musulmans dont Hassan El Banna nous montre combien cette pensée est ankylosée par le fanatisme et le sectarisme ambiant, il dira à ce sujet «L’expérience de Hassan El Banna fut bivalente en ce sens qu’elle n’eut pas d’influence seulement sur les idées réformistes, mais sur les idées modernistes également». Un des concepts majeurs de Benabic est la «colonisabilité», comment se départir de ce complexe imposé par le colon ? Nous pouvons dire que la réflexion permet de libérer le sujet de la soumission, mais l’analyse qu’il avance et pour ainsi dire ses notes biographiques nous laissent perplexes devant l’essentialisation de l’identité algérienne. Sa critique acerbe à l’encontre de Franz Fanon qui selon lui, ne peut intégrer la dimension de l’identité algérienne parce que athée nous semble infondée. Il faut le rappeler que ce penseur «Fanon» anticolonialiste avait des convictions blindées quant à l’émancipation de l’Algérie. En un mot, nous pouvons questionner les motivations inconscientes des moudjahidine, même si nous partageons leurs combats. Enfin, la pensée de Malek Benabi par une démarche outrancière d’idéologisation, elle n’a pas pu dépasser la non pensée, l’influence de la clôture dogmatique favorise l’islamisation de la modernité qui annihile l’émergence du sujet.

À propos Adnan Mouri

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