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Pôle & Mic : Idir, poète si émouvant et si fraternel

Devant ce « sentiment océanique », le psychanalyste Didier Anzieu dira : «La tétée, lieu de la rencontre entre la bouche et le mamelon, est paradigme de la rencontre. Elle procure une proximité physique extrême, un contact peau contre peau : la joue contre le sein, la main du bébé posée sur le sein. Corps, le fantasme d’une peau commune s’entrevoit. Autrement dit, selon le psychanalyste, « La peau siège du bien-être », de la caresse et « parchemin originaire ». La parole subversive est un pied de nez à la « clôture dogmatique » qui favorise mécaniquement « l’ignorance sacrée ». L’exploration du maternel à travers la chanson propose de faire un voyage ambitieux en suscitant l’introspection, le « rentrer en vous » est une lecture qui accède à l’intelligibilité de l’inconscient. A titre d’exemple, pour lutter contre le dogmatisme de l’imposition identitaire « aliénante » au sens de Camilleri, le chanteur dépasse le culte du silence en citant le nom de Jughurta, à cet égard, le pouvoir n’a pas lésiné sur les moyens pour imposer une censure sociale. Chez le poète, le culte de silence était prêt à se laisser bousculer par un « matériau récalcitrant », et faire de la dimension du conflit un moteur de sa propre régulation. En effet, cette quête ininterrompue de « passion joyeuse » propose une lecture intérieure ; dans cette optique, l’enseignement de la subjectivité façonné par la psychanalyse nous permet de redéfinir le sublime pour dire que la « poésie ne se contente pas de contredire de manière simpliste. Elle fait échec à la censure en dépassant le sens premier et commun grâce à une élaboration, toujours plus recherchée et toujours enrichie, qui persistera malgré le temps qui passe. Comme la féminité, elle fait intervenir l’éternité de l’ordre symbolique et la dépendance que les êtres humains lui témoignent, en manifestant ce qui provient de leur subjectivité », la liberté de penser est un choix réfléchi qui met en évidence la subjectivité comme catégorie structurante du champ social. Son répertoire musical lui confère le titre de « parleur militant »; devant son engagement pour la défense d’une société décente, il nous fera rappeler l’analyse de Sartre dans « qu’est- ce que la littérature » ? il répondra que « c’est quelqu’un, qui désigne, démontre, refuse, interpelle, persuade ». Autrement dit, ce qui fonde l’art « de métaphorisation » n’est pas éloigné de l’inconscient qui « rappelle la condition du « parle être », dû à l’incorporation du langage à partir de la langue maternelle, laquelle malgré sa domination n’exclut jamais le père. Elle n’est maternelle que parce qu’elle inclut le père dont la fonction subsiste à favoriser l’incorporation du signifiant. La subversion de la biologie du corps par le langage qui débouche sur la sexualité humaine ». Ceci dit, la puissance de l’évocation du monde intelligible de sa poésie à l’encontre de la généalogie familiale est sans pareil. Tout au long de ses albums, il exposait avec ivresse une rigueur de reconnaissance intégralement fondée sur l’introspection; citons à titre d’exemples, lettre à ma fille, qui offre une dimension subversive; le poète déjouait la figure de l’autorité parentale. Autrement dit, le poète chante les bienfaits de l’esprit frondeur «Tu sais ma fille, il y a des choses qu’on ne dit pas», le message du chanteur transperce le ciel conformiste en ordonnant une éthique vertueuse par laquelle nous échappons au dogme. Enfin, devant l’intérêt poétique où le verbe mélodieux trouve son émancipation, le poète Hadj Ali, dans sa lettre à Lucette, dira « en t’écrivant ces mots, je ne sais par quel organe mon corps cédera à la mort». La mise en exergue d’éros comme  » force de conjonction  » permet de dire que l’amour ne nous permet pas de «badiner avec l’amour».

À propos Adnan Mouri

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