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Pôle & Mic : Idir, Poète si émouvant et si fraternel

La raison désirante de l’archétype musical, fortifie la force dionysiaque dans l’accomplissment poétique. Devant l’élan musical qui est éminemment humain, le philosophe Nietsche nous apprend « que la vie sans musique serait une erreur ». Prime de plaisir précise que chanter réclame une éducation à « désirer soi-même », la singularité de l’agir émancipationnel, nous permet de rendre un hommage au chanteur Idir qui a tiré sa révérence à l’âge de 71ans, suite à un accident pulmonaire. Par une force accidentelle, tout en étant mélomane, lors de son passage à la radio en19 73 pour remplacer la chanteuse Nouara, Idir avait aiguillonné le désir musical comme une vivacité mordante qui traduisait dans son lyrisme un humanisme exigeant. La force du raisonnement poétique devenait au fil des ans, une véritable thérapie affective plongeant les mélomanes dans un émoi qui faisait frissonner les penchants sensoriels. Dans un élan poétique, Idir faisait de la chanson une lumière vespérale, une hygiène de vie qui a pour rôle de conduire à une philosophie émancipatrice. Devant la grammaire de contestation vertueuse qui restaure les capacités réflexives, il serait judicieux de dégager de ces chansons, la substantifique moelle à donner au verbe mélodieux, chair et vie. L’exigence attrayante des textes poétiques, nous permet de faire une lecture sur un certain couplet qui porte une valeur transcendantale, Il va sans dire, que la liberté poétique a pris sa source dans l’apprentissage d’une pensée autonome, et qui s’accomplit dans l’exercice de la citoyenneté. De son vivant, le chanteur n’a cessé de manifester l’utilité de la tolérance comme vertu créatrice. Dans cette lignée, il a su préserver tout au long de sa carrière, « le chemin de l’espérance » pour un monde émancipateur qui devra fonder son assise dans le progrès social. A cet égard, Idir, avait collaboré avec une constellation de musiciens et poètes dont Aznavour, Maxime le Forestier, etc… Ce type de rencontre appelant à refonder une «politique de civilisation» a permis de produire des variations positives de la puissance d’agir afin de limiter les dégâts du racisme qui a de beaux jours devant lui, hélas. La sensibilité du message devient une « éthique reliante », le chanteur Idir avait su préserver au plus haut point son intégrité. Le fond poétique avait pour but de valoriser la matérialité du verbe en affrontant l’abime de la crise multidimensionnelle et l’imposition identitaire liée au « surmoi larbinique» qui fait continuellement défaut chez l’être parlant. En fustigeant, le musellement de la subjectivité qui tente d’exclure la dimension de l’amazighité, le linguistique Abdou Elimam nous dira «j’appelle «amazirophobe», «ceux qui consistent à jeter l’opprobre sur la langue Amazigh, et l’identité amazighe en l’accusant de tous les maux», dans ce sens, il ajoutera que «l’amazighité est bel et bien chez elle comme fait historico- anthropologique, n’ en déplaise aux esprits étroits». Dans ce sillage, l’écrivaine Assia Djebar, parlait de sa consœur Taous Amrouche, qui insistait sur la dimension du refoulement, en guise d’introduction, elle dira : « elle semble nous lancer ces chants violemment à la figure, peut-être faut- il vraiment cet envol sonore formidable pour nous, les oublieux de la langue ancienne ». En valorisant la matérialité du verbe, nous pouvons dire que tout progrès de la chanson « est un pas en avant de la langue amazigh », selon l’écrivain Aziz Chouak « c’est grâce à la chanson, que la cause berbère s’est fait entendre dans le monde ». A titre informatif, la chanson « ababalnuba » est traduite en sept langues. Au fil de son répertoire dense, nous rencontrons encore l’idée magnifique qui retrace la tendresse maternelle dans la chanson « essendu », la mise en avant de la genèse de reconnaissance à l’égard des mamans couveuses et allaiteuses, comme le disait Idir, dispose d’une explication satisfaisante du fonctionnement psychique reliant mère enfant.

À propos Adnan Mouri

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