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Décès du grand chanteur Idir : Adieu l’artiste

Il a bercé l’enfance des Algériens avec ses chansons dont « A Vava Inouva », « Essendou » et bien d’autres. En commençant du néant, il est entré dans la légende de grandes stars. Lui, c’est Idir, l’ambassadeur de la chanson kabyle à travers le monde, qui vient de tirer sa révérence, avant-hier dimanche à l’hôpital Bichât à Paris, à l’âge de 71 ans des suites d’une longue maladie. Fils de berger, né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, à 35 km de Tizi-Ouzou, Idir – de son vrai nom Hamid Cheriet – est géologue de formation ; son passage en 1973 à la Radio chaîne II, changea alors le cours de sa vie. Sa chanson en langue berbère « Vava Inouva » fait le tour du monde et à son insu, pendant qu’il accomplissait son service militaire.

cette immortelle chanson est devenue un tube planétaire diffusée dans 77 pays et traduit en 20 langues étrangères. Idir est imprégné dès son enfance par les chants qui rythmaient tous les moments de la vie quotidienne. Lui, tout enfant émerveillé en écoutant sa grand-mère et sa mère poétesse lui enseigner la force vibrante de la culture orale et de la valeur unique du mot. Il est alors «arrivé au moment où il fallait, avec les chansons qu’il fallait», comme il le disait lui-même.
Sa popularité dépassait ainsi largement la communauté. De lui, le sociologue Français Pierre Bourdieu disait: « Ce n’est pas un chanteur comme les autres. C’est un membre de chaque famille.» Il quitte l’Algérie pour s’installer à Paris, en 1975, après avoir terminé son service militaire et ses études (DEA de géologie) et c’est dans la capitale française qu’il se rapproche de la maison de disques Pathé Marconi pour enregistrer ses disques.
«Je suis venu enregistrer un 33-tours avec « A Vava Inouva, qui a bien fonctionné, et j’ai commencé à envisager de rester ici (Paris NDLR) puisque la chanson m’avait choisi, mais toujours avec une valise prête à partir dans ma tête», disait Idir de cette époque où il y avait « un seul parti, un seul journal, où l’on nous envoyait des profs pour nous enseigner les fondements du marxisme et faire de nous de parfaits petits révolutionnaires». Il s’éclipsa de la scène pendant dix ans de 1981 à 1991, mais sa carrière est ensuite relancée. En 1999, il publie l’album Identités, sur lequel il chante avec Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion, Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre national de Barbès. «Profitant de l’élan donné par ses compatriotes Cheb Mami et Khaled, il signe son retour discographique avec l’album «Identités», où il propose un mélange de «Chââbi», la musique algéroise, et de rythmes empruntés aux genres occidentaux», commentait à l’époque la presse internationale son album «Identités». Oui, Identités au pluriel pour offrir au monde la culture algérienne et faire connaître pour son pays la culture universelle.
C’est justement ce que faisait Idir qui «opère un pèlerinage musical et nous donne une leçon et un bel exemple de ce que peut être l’ouverture dans un monde où tout semble être déterminé par le désir du repli. Deux mots qui ne vont pas bien ensemble». En 2007, il avait publié l’album La France des couleurs, en pleine campagne pour l’élection présidentielle française marquée par des débats sur l’immigration et l’identité. Après une absence d’une trentaine d’années, Idir a produit son dernier album « Ici et ailleurs », sorti en 2017, où il reprenait dans sa langue natale des morceaux choisis du répertoire français: «la Bohème» avec Charles Aznavour; «les Larmes de leurs pères », de Patrick Bruel; «la Corrida», avec Francis Cabrel; «On the Road Again», avec Bernard Lavilliers.
«Je m’immisce dans la chanson française à travers les gens que j’aime et leurs chansons. Ils les chantent pour la plupart en français, quant à moi je ne les traduis pas mais j’y apporte ma propre touche, ma vision », disait t-il de son dernier album dans un entretien au journal français «le nouvel observateur». En 2018, l’icône de la chanson kabyle renoue avec son public lors d’un concert à la Coupole du complexe olympique Mohamed-Boudiaf, à l’occasion de Yennayer, nouvel an amazigh célébré le 12 janvier, après une absence de près de 40 ans. Dans une interview au Journal du dimanche, en avril 2019, il évoquait les manifestations populaires en Algérie et le départ d’Abdelaziz Bouteflika: « J’ai tout aimé de ces manifestations: l’intelligence de cette jeunesse, son humour, sa détermination à rester pacifique (…) J’avoue avoir vécu ces instants de grâce depuis le 22 février comme des bouffées d’oxygène. Atteint d’une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle. De toute façon, nous sommes condamnés à réussir. Continuons donc à réfléchir en termes de nation algérienne vers le progrès. Si nous restons unis, rien ni personne ne pourront nous défaire ». Les réactions suite à sa mort faisant, hier, de partout et unanimes sont les responsables politiques, artistes et citoyens lambda à saluer la mémoire de l’artiste.
Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune a adressé tôt dans la matinée d’hier un message de condoléances à la famille de l’artiste Idir, le qualifiant « d’icône de l’art algérien, à la renommée internationale ». « J’ai appris avec beaucoup de regret et de tristesse la nouvelle de la disparition de feu Hamid Cheriet, connu sous le nom artistique d’Idir, l’icône de l’art algérien, à la renommée internationale», a écrit le chef de l’Etat sur son compte Twitter.  » L’Algérie perd en lui une pyramide de l’art algérien », a souligné le président Tebboune, priant Dieu Le Tout-Puissant de prêter patience et réconfort à la famille du défunt, de l’entourer de Sa Sainte Miséricorde et l’accueillir en Son Vaste Paradis, aux côtés de ceux qu’Il a comblés de Ses bienfaits et entourés de Sa grâce éternelle ». La presse internationale est unanime à saluer le parcours de l’artiste en voyant en Idir un Homme qui a « fait figure de héros pour la communauté Kabyle, dont il n’a eu de cesse de défendre l’identité et la culture », commente l’agence de presse française AFP dans sa dépêche annonçant la mort de l’artiste et reprise par la plupart des journaux du globe.
Unanimes sont les voix qui ont décrit cette disparition avec émoi et consternation comme une perte d’une étoile qui brillera de mille feux dans le firmament où ne sont admis que les génies. Voyant en lui, un astre éclairant l’immensité de l’univers dont son répertoire musical restera désormais un remarquable travail de mémoire.
Cette disparition subite du chanteur kabyle est qualifiée de «coup dur» par le chanteur Lounis Ait Menguellet, en voyant que le départ d’Idir «marquera la fin d’une époque pour notre chanson». «À ma dernière visite, il me disait qu’il était peu probable qu’il monte encore sur scène à cause de sa respiration assistée.
On s’était mis à imaginer un moyen de dissimuler une bonbonne d’oxygène à côté de lui sur la scène qui lui permettrait de chanter à son aise », écrivait, hier, Lounis Ait Menguellet sur page facebook. « Nos idées, agrémentées de son sens de l’humour bien connu, se sont transformées en une bonne partie de rigolade. La mort n’était pas au programme, aucun de nous n’y pensait », commente encore Ait Menguellet, sa dernière rencontre avec le défunt qui « a laissé un patrimoine qui lui assure l’immortalité ». Idir est certes mort, mais ses mélodies resteront à jamais à faire vibrer des générations, non seulement algérienne, mais de l’humanité toute entière. Adieu l’artiste !

À propos Hocine Smaâli

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