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La chloroquine : Peut-on mettre une molécule au marché, pour des indications qui ne sont pas reconnues?!

Testée en Chine, approuvée à Marseille, regardée avec méfiance par les autorités, ces derniers jours, la chloroquine est le sujet sur toutes les lèvres. Et pour cause, derrière ce traitement contre le paludisme se cache peut-être celui contre le coronavirus?

Yahia Dellaoui : CHU Oran

C’est en tout cas ce qu’avance Didier Raoult, le directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille. Problème : son test, réalisé seulement sur 24 patients, est critiqué par certains experts. Critiqué, oui, mais observé de près. Si bien que, après avoir annoncé dimanche qu’il ferait partie d’un vaste essai clinique européen, Olivier Véran a ouvert la porte, ce lundi, à son usage, extrêmement réglementé, en direction « des cas les plus graves », suivant les recommandations du Haut Conseil de santé.
Au cœur du débat, les médicaments à base de chloroquine(amino-4 quinoléines), un des dérivés synthétiques de la quinine, substance extraite de l’écorce de l’arbre péruvien Chinchonaoficinalis, utilisée en Europe contre la fièvre paludique depuis le XVIIe siècle.
Le produit a reçu une autorisation de mise sur le marché en France en 1949, sous le nom commercial de Nivaquine et reste l’un des médicaments de prévention du paludisme les plus prescrits. S’il ne protège pas totalement de la maladie parasitaire transmise par les moustiques, il limite le risque. La dose pour un adulte est de 100 mg/jour. En cas de suspicion d’infection, le traitement est fortement dosé sur trois jours (600 mg, puis 300 mg).
L’hydroxychloroquine, qui est utilisée pour les essais cliniques contre le Covid-19, est un dérivé de la chloroquine. Le médicament, commercialisé en France par Sanofi sous le nom de Plaquenil est essentiellement utilisé pour des traitements antirhumatismaux (polyarthrite rhumatoïde) ou contre le lupus (maladie auto-immune). La posologie varie de 400 mg à 600 mg/jour (pour un adulte) en début de traitement et diminue ensuite.

Matériels et méthodes
Il y a tout juste une semaine, un essai clinique est mené par Didier Raoult sur 36 patients testés positifs au Covid-19 et hospitalisés dans l’Institut Méditerranée Infection de l’hôpital de la Timone, à Marseille.

  • L’étude a porté sur 03 groupes (le 1èr groupe a pris l’Hydroxychloroquine seule, le 2ème groupe a pris l’hydroxychloroquine+ Azithromycine, le 3ème groupe était le groupe témoins sans traitement). — L’étude n’a pas utilisé de Placebo.
  • La durée globale de l’étude est de 14 jours

Résultats et discussion
Selon les résultats de cette étude, 6 jours après le début de la prise d’hydroxychloroquine (commercialisé sous le nom de Plaquenil), le virus n’était plus détectable chez les trois-quarts des patients traités. Les résultats seraient encore plus prometteurs en associant l’hydroxychloroquine avec de l’azithromycine, un antibiotique souvent prescrit contre les surinfections bactériennes des bronchites.
Néanmoins, Il s’agit d’une étude ouverte (open label) qui n’est pas randomisée et qui n’as pas respecté l’aveuglement, ceci dit les patients recrutés n’ont pas été randomisés, et les médecins comme les patients savent la nature du traitement administré.

  • La taille de l’échantillon global est très petite, il s’agit de 36 patients, soit 16 témoins non traités et 20 traités (26 au début de l’étude et 20 à la fin de l’étude, les 06 patients retirés sont considérés comme des perdus de vu sachant que 04 ont été transférés à la réanimation, 01 a décédé, et 1 a refusé de continuer dans l’essai, mais pour les 04 autres patients, les auteurs n’ont pas donné d’explication sur le fait de les exclure de l’étude alors qu’il étaient toujours Covid19 positifs)
  • Les 16 patients témoins ne sont pas hospitalisés dans la même structure d’hospitalisation des patients traités.
  • Les auteurs ont évoqué comme objectifs secondaires l’évaluation de plusieurs paramètres cliniques très importants (Apyrexie/normalisation de la fréquence respiratoire/durée moyenne d’hospitalisation/la mortalité) mais hélas aucun de ces paramètres ne figure dans les résultats.
  • Le time line de l’étude n’est pas très bien élucidé: Les auteurs ont mentionné que la durée globale de l’étude est de 14 jours, alors que l’étude a été approuvée par l’ANSM et le comité d’éthique français le 05 et le 06 Mars respectivement, et L’article a été reçu le 16 Mars (soit 10 jours après l’approbation), accepté le 17 Mars, et publié le 20 Mars par la revue « International Journal of Antimicrobien », par contre les patients ont été suivis pendant 6 jours seulement.
    A l’heure actuelle, il faut rester prudent : l’étude a été menée sur 20 patients seulement, ce n’est pas suffisant pour affirmer l’efficacité d’un traitement. Par ailleurs, « aucune publication n’a pour l’heure démontré un effet clair sur le pronostic, la guérison et la survie des patients », affirme au Parisien, le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Conclusion
L’étude est encore à ses débuts, et reste prometteuse mais ses résultats semblent trop préliminaires pour justifier une large utilisation de ce traitement à ce stade, compte tenu de la balance risque/bénéfice éventuellement défavorable. Le but est plutôt de sensibiliser nos chers confrères et consœurs sur la grande nécessité de prendre toutes les précautions lors de l’utilisation de l’hydroxychloroquine avec les patients Covid-19 positifs et qui sont déjà dans un état critique comme il est stipulé dans la dernière note ministérielle. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a condamné ce lundi 23 mars l’administration de médicaments aux malades du Covid-19 avant que la communauté scientifique ait reconnu leur efficacité. Elle a mis en garde contre « les études réduites » pouvant créer de « faux espoirs ».
Pour l’instant , le Plaquenil n’est pas supposé être prescrit pour soigner le Covid-19, puisqu’il n’a pas obtenu d’AMM pour cette maladie. Il n’agit pas non plus en prévention du virus. Il est donc inutile de vous rendre chez votre médecin pour demander une ordonnance.

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