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Présence de Matoub Lounes au sein du hirak, 21 ans après son assassinat : «Il est toujours là et se bat contre ce système qu’il a toujours combattu»

Le village de Taourirt Moussa a été, le long de la journée d’hier, le lieu de convergence de milliers de citoyens venus de plusieurs régions du pays et même de l’étranger pour commémorer l’anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounés. L’anniversaire de la mort du Rebelle intervient cette année dans une conjoncture particulière où l’Algérie est traversée par une crise sans précédent, marquée par le Hirak dont le mouvement n’est pas près de s’essouffler depuis le 22 février dernier. Vingt et un ans après sa disparition, le chantre Kabyle marque irrémédiablement la population de cette région qui porte toujours en elle la cicatrice de cette douleur inaltérable. Pour cette population, la pureté principielle des positions de Matoub en faveur de la culture et de l’identité amazighes, son intransigeance dans la défense de l’une et de l’autre, qui détonnent aujourd’hui et font de lui le symbole impérissable du refus des compromissions. Tous les idéaux que défendait Lounés sont aujourd’hui d’actualité et portés par des milliers de citoyens qui manifestent chaque vendredi à Alger et partout en Algérie pour une véritable République des droits. Vint et un ans après la fin tragique de l’artiste, sa voix retentit du haut de cette colline et à Taourirt Moussa, sa maison est devenue le lieu de pèlerinage de cette jeunesse qui a le rebelle dans le cœur, accueillie par cette vieille dame à la robe Kabyle, gardienne du temple qu’elle est, Nna Aldjia malgré le poids de l’âge et la douleur omniprésente de la disparition de Lounès, lâchement ravi à son cœur, elle accueille «ses fils de Lounès » comme elle ne cesse de le répéter. A tous ses visiteurs elle leur renouvelle, à chaque fois, le serment et jure en répétant presque la même phrase comme un leitmotiv : « tant que je suis en vie je chercherai encore et j’exigerai la vérité sur l’assassinat de mon fils ». La commémoration s’est faite, hier, dans ce village par une exposition continue sur l’icône de la chanson amazighe, et le recueillement sur sa tombe. Une Waâda traditionnelle a été offerte au public visiteur. Nadia, la femme de Matoub Lounés a tenu à réaffirmer l’engament de son mari pour les causes jutes. Pour elle, être fidèle à Lounès, «c’est d’abord se mettre du côté des opprimés et se reconnaître dans le combat de Lounès, «c’est dénoncer les arrestations arbitraires, les injustices et les atteintes aux libertés. Je tiens à rendre un vibrant hommage au Dr Fekhar, mort en détention, ainsi qu’à toutes les autres victimes de l’arbitraire.  » «Tout ce qui va dans le sens de la défense des libertés, de la démocratie, de la justice et de l’amazighité, est quelque chose sur lequel Lounès a bâti son œuvre et son engagement », dira aussi sa femme qui voit la présence de Lounès dans les manifestations comme étant « une preuve qu’il est toujours là et qu’il se bat toujours contre ce système qu’il a toujours combattu ». « Sa présence parmi toute cette jeunesse, dont la majorité n’était même pas née avant son assassinat, est une autre preuve qu’il demeure la référence et le symbole du combat pour toutes les libertés », affirme encore Nadia, la veuve de Matoub Lounés. Effectivement, Matoub Lounes était témoin de son temps, il a chanté durant ses vingt ans de carrière artistique la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les droits de l’Homme, la finitude, les problèmes existentiels, son œuvre est riche de 36 albums. Lounès est né un certain 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa (Tizi-ouzou), à l’âge de 9 ans déjà, il fabriqua sa première guitare à l’aide d’un bidon vide d’huile de voiture et composa dès son adolescence et jeune qu’il était ses premières chansons, il déserta l’école en 1975 et trois années plus tard soit en 1978, il enregistra son premier album, qui le propulsa au devant de la scène et réussira à enrichir de par ses œuvres le patrimoine de la chanson algérienne d’expression berbère. Bref, de AY-IZEM à Lettre ouverte aux…Il a chanté haut ce que tout le monde pensait bas. Déclaré persona non grata à la radio et la télévision Algérienne et dans les médias et organe de l’État, mais en dépit de cette interdiction officielle il restait le chanteur berbère le plus populaire et le plus adulé. Durant les événements d’Octobre 1988, alors qu’il distribuait des tracts appelant au calme, Lounès a été intercepté par un barrage de gendarmerie, il fut criblé de 5 balles est subit 17 interventions chirurgicales, 2 années d’hospitalisation, un sacrum artificiel, rétrécissement de sa jambe de 5 centimètres et handicapé à vie. Ironie du sort qu’il était, en 1994 – en plein boycott scolaire auquel a appelé le mouvement culturel berbère toute tendance confondue – Lounès était enlevé par un groupe islamiste armé et séquestré pendant 15 jours et condamné à mort par une Fetwa rendu par ces fous de Dieu avant d’être libéré suite à une mobilisation populaire sans précèdent. Son combat aux côtés des causes justes et légitimes lui a valu des consécrations internationales, c’est ainsi que le 06 décembre 1994, il reçut  » le Prix de la mémoire  » décerné par Madame Danielle Mitterrand, Présidente de La Fondation France Libertés (Paris) succédant ainsi à des hommes et des organisations qui ont consacré leur vie à la lutte pour la préservation du souvenir de l’aventure humaine. Une année après soit le 22 mars 1995, le S.C.I.J (Canada) lui remit le prix de la liberté d’expression, puis le 19 décembre 1995, il reçoit aussi le Prix Tahar Djaout décerné par La fondation Abba au siège de l’UNESCO (Paris). Au côté d’hommes et femmes de culture, de la science et de la politique de renommé mondiale, Lounès participa en 1996 à la marche des rameaux en Italie pour l’abolition de la peine de mort et le chantre de la Kabylie ne s’est pas limité à la chanson en 1995, il a aussi écrit «Le rebelle», ouvrage auto biographique paru aux éditions stocks. Lettre aux…, qui lui a valu le disque d’or est son dernier album, où il a repris l’hymne national Kassaman pour le chanter en Kabyle (Aghuru), Lounès est lâchement assassiné le 25 juin 1998 avant la sortie même de cet album et dans des conditions mystérieuses. De cet assassinat on dit d’abord que Lounès est rentré au pays après avoir terminé l’enregistrement de son dernier album, pour régler le problème du visa de sa femme Nadia. Ce jeudi 25 juin 1998 où le jeudi noir, Matoub déjeune avec sa femme et ses deux belles-sœurs au restaurant « le Concorde » à Tizi-Ouzou, aux environs de 12h30, la famille quitte le restaurant pour rentrer à Taourirt Moussa, le village natal, soudainement et au détour d’un virage, la Mercedes noire du chanteur est prise sous un déluge de feu croisés tirés par des individus embusqués des deux côtés de la route, la fusillade dure quelques minutes et Lounès est criblé de sept balles et achevé avec deux autres. Dans cette même Mercedes noire, on retrouvera plus tard des morceaux de sa cervelle, sa femme, Nadia, blessée, gît à côté de lui alors que ses deux sœurs, également blessées, se trouvent inanimées à l’arrière de la voiture.
La nouvelle de l’assassinat de ce chanteur aimé par toute une jeunesse s’est répandue comme une traînée de poudre, les premiers groupes de jeunes qui s’agglutinaient devant l’hôpital de Tizi-ouzou crient déjà à tue-tête « pouvoir assassin », puis toute la région de la Kabylie bascule dans l’émeute pendant deux jours, des édifices publics saccagés et les forces antiémeutes interviennent dans toute la région en renfort impressionnant, et le bilan de ces émeutes fait 03 morts: SALHI Redouane (SIDI-AICH), OUALI Hamza (Tazmalt) et AIT IDIR Rachid (Tizi-Ouzou). Lounès a eu droit désormais à des funérailles dignes de grand martyr. A moins d’une semaine après l’assassinat, la presse algérienne publie un tract du GIA : Hassan Hattab, alors chef de ce groupe terroriste, revendique l’assassinat de Matoub Lounès. Pour perpétuer l’image et le combat de Lounès Matoub, une Fondation portant le nom du chanteur est créée dont le siège est à Taourirt Moussa, à la maison même de Matoub.

À propos Hocine Smaâli

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