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L’avenir d’une Révolte : Dépasser l’émotion

Depuis toujours l’émotion a submergé notre histoire. Depuis 54 les commissaires politiques ont essayé de faire vibrer les cordes d’une sensibilité du peuple qui ne fait référence qu’à sa propre solitude d’infirmes de l’Histoire pour pouvoir les sensibiliser à la lutte contre le colonialisme, la plèbe n’en a pas d’autre d’Histoire, hormis celle de sa tribu qui s’arrête à un saint vernaculaire et à son arbre généalogique, qui abouti nécessairement au prophète ou à un de ses disciples. C’est ce que fait un pouvoir populiste, récent pour continuer à exploiter la veine de l’émotion avec les zaouïas, le monde est circonscrit au sein d’une baraka, rendu opaque par le miracle à dimension humaine de Taleb devin. L’émotion populaire s’accroche à toutes les légendes religieuses qui alimentent un imaginaire collectif, qui n’a d’autre temps que celui intemporel d’une conscience mythique. Ben Bella quand il s’écrie :hagrouna !(à propos des désirs expansionnistes du Maroc en 1963) cela a soulevé le peuple, indigné qu’on puisse avoir des prétentions sur le territoire algérien. Et la dernière grande émotion qui a fait le tollé général c’est celle de cette indignation nationale au sujet de ce vieil homme, muet, malade, encore accroché à son fauteuil roulant, et qui voulait continuer à exercer son pouvoir. Et qui nous a ridiculisé face au monde, l’émotion, l’indignation a fait du Hirak un mouvement de contestation, alors que bien avant, le peuple depuis toujours savait que l’Algérie était entre les mains de bandits sans vergogne, mais il était résigné et a laissé faire, peut-être à cause de cette décennie noire, qui l’a énormément traumatisé, ici encore son émotion l’avait trahi, il avait cru en la bonne « foi » de l’islamisme qui avait forcé la dose dans ses prêches, dans son matraquage idéologique à l’endroit du pouvoir à l’époque, d’où le vote sanction, pour susciter encore plus son émotion. Alors que cette image ridicule d’un vieillard Président nous a rendu la risée du monde entier, cela fut intolérable : le mépris a éveillé en le peuple une émotion collective de révolte. Les partis politiques ont de tout temps fait vibrer la fibre nationaliste, jamais essayé de faire émerger une idéologie correctement assise sur des idées réalistes, ses « intellectuels » organiques font toujours référence à la religion, c’est-à-dire en un mot rien qui puisse laisser l’alternative à d’autres choix plus rationnels, plus réfléchis, on est en plein dans le mythe, soutenu par une sensibilité émotive : la modernité s’efface toujours au profit d’une tradition. Le Parti continue ainsi d’exister sans créer cette concurrence née des idées et des compétences, mais érige un leader charismatique quelque fois et qui continue pendant longtemps à faire la pluie et le beau temps et pour clore l’infamie, instituer la « chkara » c’est-à-dire apporter un beau paquet d’argent pour être élu comme député comme sénateur au patron du Parti…et face à tout ça, on brandit la théorie du complot, de la traîtrise… arguments construits sur l’émotion, contre tous ceux qui contestent ces pratiques. Dépasser l’émotion, et la corde sensible du nationalisme c’est n’accepter comme alternative que la froideur et l’intransigeance de la loi pour régir toutes les relations entre la société et l’Etat et les individus entre eux. L’émotion est toujours source de tromperie.

À propos B. Mohammed Mostefa

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