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L’avenir d’une Révolte : Regards nostalgiques sur Boumedienne

En matière de contentieux à régler avec nous mêmes, avant les institutions, nous avons les regards en chiens de faïences surtout les regards torves jetés, sans saluer, ces regards qui situent l’espace du chef, de celui qui crée les distances, des regards qui rapetissent et qui font des clans, aussi facilement qu’ils les défont, surtout si on connaît d’avance l’effet des traditions, de la collectivité sur l’individu. Les clans naissent d’un regard dominant d’animal, hostile, sourcils froncés, moue réprobatrice, toise de haut, prêt à la bagarre, et qui veut faire savoir d’avance qui est le chef dans cette proximité partagée; le mépris défonce la morale parce qu’il touche au respect et de là commencent tous les dépassements et les fascismes. «Pour qui se prend–il?» Et après tout ça: «Pourquoi pas moi?» C’est ainsi que le regard foudroyant de Boumedienne a été à l’origine de tout le système. Toutes les institutions ont fonctionné sous ce regard de glace, la justice, la loi était ce regard d’acier. Les contradicteurs s’effaçaient quand ce regard, sous ce visage anguleux se mettait à darder. A l’époque, personne n’osait dire même en aparté de Boumedienne pour qui il se prenait, le regard était là, œil pinéal que la révolution dont la donne a été bouleversée, avait installée dans les cerveaux, la peur était latente, la violence était là, la mort rodait encore …Et pourtant sans le cacher à personne, il était d’une sensibilité extraordinaire, il aurait pu être poète, mais son amour du pouvoir était plus fort…et puis son regard qu’il ne baissait jamais l’avait entraîné si loin, il l’avait suivi…ce regard avait inventé à l’Algérie, une autre Histoire celle de la lutte pour le pouvoir populaire, une dynamique a été imposée celle du socialisme, Boumedienne conscient de la pauvreté et du dénuement du peuple avait entamé un processus celui d’écarter de l’économie la bourgeoisie comprador. Les sociétés nationales avaient commencé à naître, les villages agricoles, une armée moderne, les universités …tout ça en si peu de temps. L’action efficace d’un regard dont l’omniprésence dépassait l’entendement, presque semblable à celui dont parle Victor Hugo dans la légende des siècles; regard qui avait fait rêver Herzog pour le faire jouer dans un grand film, rôle qu’il aurait tenu mieux que Klauss Kinsky. Quand on n’a pas de loi, seul un regard de cette envergure, d’une ubiquité imprévisible, peut faire office, peut prendre les choses en main, et encore c’est peu dire pour un regard… Mais, maintenant, il faut le dire il est déconseillé d’imiter ce regard là pour gouverner, d’ailleurs inimitable. Juste choisir, un jour, à travers l’urne, un homme au regard si doux, si aimant, si humain venu de l’espace de nos espérances avec le regard intransigeant de la loi, comme seul œil pinéal.

À propos B. Mohammed Mostefa

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