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Il s’est adressé aux jeunes du Hirak et l’armée: L’appel de Taleb Ibrahimi

Candidat malheureux aux présidentielles de 1999, Ahmed Taleb Ibrahimi n’a de cesse depuis, essuyé des revers multiples à cause de ses prises de position qui dérangent sur la gestion de certains dossiers stratégiques sous l’ère du président déchu. Après une longue éclipse, il décide de rompre le silence. Le fils de l’ancien bras droit du feu Ibn Badis à la tête de l’Association des oulémas algériens après le décès de celui-ci, le 19 avril 1940, appelle les jeunes du Hirak à maintenir «la dynamique» du changement. Des jeunes selon lui qui «ont repris l’initiative» pour construire leur avenir. «Ces jeunes qui lèvent aujourd’hui l’étendard du changement et du renouveau», écrit-il ainsi dans sa lettre rendue publique mercredi 22 mai.
D’emblée, Ahmed Taleb Ibrahim lève toute équivoque. Il n’a pas d’ambition politique contrairement à ce que supposeraient certains. Il coupe «implicitement» la polémique à propos de sa candidature aux premières présidentielles de l’« Après Bouteflika». Il justifie sa décision par son âge avancé. «Mon âge avancé annule toute ambition en moi, mais cela ne m’empêche pas de réagir avec ce qui se passe dans mon pays. Je n’ai plus cette force qui pouvait me permettre d’être avec vous dans les marches avec qui vous secouez, depuis le 22 février 2019, les piliers du régime corrompu et vous jetez les bases d’un avenir radieux…». Taleb Ibrahimi plaide pour un État qui respecte les libertés et les Droits de l’Homme avec une justice indépendante, une justice sociale réelle concrétisée par un partage juste du revenu national et des opportunités équitables offertes à tous dans le progrès social, la vie décente et la participation à la vie politique. Ce qu’on peut retenir de son message à la Nation est que Ahmed Taleb Ibrahimi qualifie d’« épopée » le Hirak. « Par son caractère pacifique et civilisé, cette épopée a suscité le respect du monde qui a commencé à rectifier ses jugements sur l’Algérie», dit-il. Ahmed Taleb Ibrahimi explique qu’il n’a pas répondu aux sollicitations des jeunes du Hirak pour diriger la transition et ce, pour deux raisons essentielles: la première à ses yeux est « pour éviter toute mauvaise lecture suggérant une volonté d’exploiter la situation pour en tirer des dividendes politiques ou pour régler des comptes avec l’ex-président». La deuxième «plus pertinente» à ses yeux, est «pour s’éloigner de tout zaïmisme et du culte de la personnalité, supprimés par la Révolution et ravivés aujourd’hui dans une société dominée majoritairement par des jeunes maîtrisant les technologies, ce qui les rend plus au courant sur la manière de s’adapter aux exigences de l’époque». Il veut œuvrer à « corriger certaines erreurs» en veillant à «rapprocher les points de vue». Il cite la déclaration qu’il a publiée le 18 mai 2019 avec les amis Ali Yahia Abdennour et Rachid Benyelles. Une «tradition» dit-il depuis dix ans, à chaque fois que la situation imposait de prendre position (…). Taleb Ibrahimi ajoute qu’en plus de sa valeur spirituelle, le vendredi rassemble «toutes les catégories sociales, les nationalistes, les islamistes, les laïcs, à leur tête des jeunes fougueux dont les convictions politiques ne sont pas encore élaborées, mais qui ne sont pas dominantes devant l’esprit médiane». Il recommande de «sauvegarder cet acquis civilisationnel et concilier toutes les parties autant que possible» sans oublier d’en tirer du Hirak les slogans qui rassemblent comme «Les Algériens khawa khawa» et «Armée peuple khawa khawa»», plaide-t-il l’ancien ministre. L’armée a, selon lui, joué un rôle important dans le maintien du caractère pacifique du Hirak, en veillant à éviter le recours à la violence. «Cela a été constaté dans la manière avec laquelle les forces de police et de gendarmerie se comportaient en étant en contact permanent avec les protestataires », souligne-t-il. Il exprime son remerciement et sa considération aux services de sécurité et aux manifestants pour avoir veillé à sauvegarder le caractère pacifique des marches. Il suggère qu’en contrepartie, l’intervention légitime de l’institution militaire ne doit pas être une alternative à la légitimité populaire, mais doit être un canal pour concrétiser cette légitimité à travers une réponse claire aux revendications populaires…» Dans sa lettre, Ahmed Taleb Ibrahimi revient sur le débat actuel sur la Constitution, devenu «un débat sociétal positif», en ce sens que les jeunes s’intéressent davantage à l’action politique. «Ce débat a montré aussi que le texte constitutionnel a été adapté pour aller dans le sens de l’humeur du pouvoir en place sans prendre en compte les interactions sociales et les équilibres réels du pouvoir. Cela peut être expliquée par l’absence de culture d’État chez le pouvoir qui a utilisé la Constitution comme un moyen de pouvoir, pas comme une référence», dira-t-il. La solution la plus efficace aux yeux de Taleb Ibrahimi, est de rassembler les articulations constitutionnelles des articles 7 et 8 avec l’interprétation qu’elles permettent, en considérant que le mouvement populaire comme un référendum, et certains articles de procédure permettant un transfert constitutionnel du pouvoir», propose-t-il. Il rappelle ses efforts passés pour rassembler les Algériens. «La Constitution est l’œuvre des hommes», précise-t-il. «Elle ne doit pas être en décalage par rapport au mouvement du réel ni être une embûche devant le mouvement du futur», explique-t-il ainsi. Sa vision, selon lui, s’ajoute aux dizaines autres initiatives proposées par les partis, les syndicats et les personnalités. Il s’étonne qu’elles n’aient pas été vues par les décideurs.

À propos B.H.

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