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Ramadhan et Aïd el Fitr à Béjaia: Entre le marteau des traditions et l’enclume de la réalité du marché

C’est devenu, maintenant, une tradition bien ancrée chez les spéculateurs qui profitent des occasions religieuses pour tirer leur épingle du jeu et s’enrichir sur le dos du citoyen lambda. En effet, tout comme le Ramadhan, l’Aïd aussi qui approche, est synonyme de dépenses ; pour les besoins de cette fête religieuse, la bourse des ménages est encore une fois soumise à rude épreuve. L’Aïd El-Fitr de cette année est un cap difficile à franchir, notamment pour les petites bourses, une fête qui arrive après une saignée à blanc des citoyens durant ce mois de jeûne, pour reprendre la phrase utilisée par beaucoup de citoyens accostés. Faire face dignement aux dépenses de cette fête, n’est pas chose aisée pour les ménages qui se trouvent ainsi pris entre le marteau des traditions et l’enclume de la réalité du marché où seuls les spéculateurs trouvent leurs comptes et tirent leurs épingles du jeu. A quelque jours de l’Aïd, alors que durant tout le mois de Ramadhan, les prix des fruits et légumes et viandes sont stabilisés, à l’approche de cette fête aussi, et comme le veut la tradition, les familles se préparent pour accueillir ce jour par l’achat d’ingrédients nécessaires pour la confection de gâteaux, mais aussi l’achat de vêtements pour les enfants, une corvée supplémentaire pour les citoyens en cette fin de Ramadhan. Les produits pour la pâtisserie et les vêtements connaissent, en ce moment, une flambée qui est dans certains endroits vertigineuse. Comme de coutume, les vendeurs de produits de pâtisserie imputent la hausse des prix des arômes et ingrédients aux grossistes, des produits que les spéculateurs étalent à même sur le trottoir dans certains endroits des régions de la wilaya de Béjaïa. A tous ces produits prisés pour les besoins de la célébration de cette fête, il faut ajouter la hausse vertigineuse des prix des habits pour enfants; les marchés et autres boutiques spécialisés dans le prêt-à-porter sont pris d’assaut par les familles notamment après l’Iftar. Même si l’on constate cette affluence vers ces magasins, en se rapprochant, l’on se rend compte finalement que cela n’est souvent que de la pure curiosité, puisque les prix sont exorbitants. Le constat établi, après une virée effectuée dans les différents magasins et marchés de vêtements que ce soit à Bejaïa ou dans la région de la Vallée de la Soummam comme les marchés d’El-Kseur, Sidi-aich et Akbou, c’est la même hausse des prix qui est visible, parfois vertigineuse et inaccessible pour les petites bourses. Nous avons constaté ainsi, après cette tournée, qu’il est très difficile de trouver des habits pour enfants qui échappent à cette hausse. A titre d’exemple, des robes pour fillettes, de moins de 6 ans, à pas moins de 5.000 dinars, des ensembles pour enfants de 4 à 6ans à plus de 4.000 DA, des chaussures à plus de 1.500 DA… «Nous nous approvisionnons à partir de Tadjnant où les prix sont déjà en hausse chez les grossistes», nous dira un commerçant d’habillement rencontré à Béjaïa-ville qui nous fait savoir que «les vêtements de cette année sont importés frauduleusement pour la plupart de Turquie» et ce, après les restrictions faites sur les importations de ce genre de produit en cette période de crise économique. C’est ce qui a favorisé le retour de l’importation des vêtements par « cabas », comme ce fut durant les années 90. La fin du Ramadhan et l’approche de l’Aïd se distinguent, par les chaînes interminables devant les guichets de poste, des chaînes parfois interminables et lassantes. Au niveau de la poste principale, on nous informe que « cette année, il n’y a pas de manque de liquidités et pour réduire l’affluence, les bureaux de poste d’importantes villes comme Béjaïa et Akbou seront ouverts la nuit ces derniers jours». Conçus portant pour solutionner les problèmes de rupture en chèques et les chaînes devant les guichets, les distributeurs automatiques de billets de banque (DAB) sont loin de rejoindre aux besoins des usagers. Ces DAB affichent presque régulièrement leur incapacité à répondre à la demande des usagers, absence d’argent, rupture de connexion et pannes sont autant de causes qui font que ces distributeurs affichent souvent sur leurs écrans cette mention agaçante de « hors service » ou d’une croix rouge sur leurs écrans vides. «Cet appareil qui est censé nous rendre service est constamment en panne», nous fait savoir un retraité, rencontré devant la poste principale, pour notre interlocuteur: «il est beaucoup plus préférable de s’adresser aux guichets, malgré les chaînes, que d’utiliser ces machines pour leur tracasserie et problèmes». L’Aïd El Fitr de cette année est pour beaucoup de familles une corvée en plus et un cap difficile à franchir ; pour preuve, à défaut d’acheter des vêtements neufs, des citoyens se rabattent dans certaines localités, vers des vêtements usagés de bonne occasion, ou ce qui appelé communément «fripe». L’achat des vêtements usagés est devenu ainsi l’ultime recours pour les familles démunies qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, un spectacle d’une ruée vers les magasins de fripe, constatée chaque jour, qui s’ajoute aux scènes devenues aussi habituelles dans les points de distribution de dons alimentaires et restaurants du cœur «Rahma», où des chaînes interminables se forment quotidiennement. C’est dire que la pauvreté est galopante et ne cesse de gagner un large pan de la société. En ces moments, la crise se fait vraiment ressentir.

À propos Hocine Smaâli

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