Infos
Accueil » Actualité » Manifestations en Algérie: Qui seront les interlocuteurs?

Manifestations en Algérie: Qui seront les interlocuteurs?

Le pays a entamé la transition politique sous l’égide du Chef d’Etat Abdelkader Bensalah. Celui-ci a d’ores et déjà ouvert le bal des consultations politiques en vue de déboucher sur un consensus autour d’un remaniement probable du gouvernement mais surtout préparer les prochaines élections présidentielles prévues le 4 juillet. Seulement voilà, depuis le début des manifestations civiles, un certain 22 février et jusque là, les Algériens ne semblent point fléchis et découragés par les tentatives de déstabilisation et d’infiltration. Seulement voilà, aucun signe ni interlcuteur, n’émane de la représentativité populaire émanant de cette légitimité populaire que s’accordent les manifestants à travers les villes. Aussi point de véritables «leadership» capable d’influer sur la balance des négociations au cours des consultations politiques. Les partis politiques ou ceux spécialement se revendiquant des partisans du «changement», n’arrivent plus à jouer le vrai rôle qui est procuré par le vent de la contestation populaire. Pour la majorité d’entre eux, ils sont presque assimilés, par les manifestants, à des partis «outillés» subventionnés ou à des «appareils du système». Quel avenir, ce faisant, à cette mobilisation populaire sans précédent des algériens en l’absence d’interlocuteurs imparabales préalablement désignés au bas de la pyramide de l’Etat et capables de jouer le rôle que les élus locaux, n’ont pu assumé? Depuis un certain temps déjà et à travers les manifestations des vendredis, un appel pressant est lancé par les Algériens à l’application des articles 7 et 8 de la Constitution. Le peuple semble campé sur ses positions et autour de sa revendication essentielle à savoir le «départ du système» et de tout ce qui l’incarne. Les représentants du peuple qui sont aussi des «forces de changement» se comptent jusqu’à présent, sur une aiguille. Eux qui sont censés peser sur la situation et aller de l’avant dans la concrétisation des aspirations des manifestants à travers le pays. Pour le 10ème vendredi d’affilée, point de repésentativité populaire. Les partis de l’opposition se complaisent d’errer dans de vielles revendications et oublient l’essentiel à savoir le départ du système. Il est vrai que des manifestations ont eu lieu dans toute l’Algérie contre les figures du « système » restées au pouvoir. La démission du président Abdelaziz Bouteflika a ouvert un chantier époustoufflant de réformes à mener. Cependant force est d’admettre que les manifestants restent déterminés à obtenir le départ du « clan » Bouteflika et la mise en place d’institutions de transition comme la commission indépendante des élections présidentielles et le gouvernement consensuel. Mais ils veulent les «conditions» pour atteindre ce «changement». C’est dire qu’il est fort à parier qu’ils ne veulent pas des élections présidentielles tout de suite. Invité sur France info samedi 27 avril, Michaël Ayari, de l’ONG International Crisis Group sur l’Algérie, analyse les forces et les faiblesses de ce mouvement de contestation inédit. Michaël Ayari: Pour les manifestants, c’était un début. Le grand problème, c’est qu’il y a un désir palpable dans la population de rupture avec le passé. Mais qu’est-ce que veut dire rupture, d’autant plus qu’il n’y a pas de leadership dans ces manifestations. Ça fait à la fois la force et la faiblesse du mouvement. La force dans le sens où il y a besoin de faire table rase du passé, de la clique, du clan, de ce qu’ils appellent « le système », le régime. Mais en même temps, il n’y a pas d’interlocuteur avec qui lancer un véritable dialogue» dit-il. Michael Ayari ajoute que «les manifestants n’en sont que plus déterminés» . «C’est possible qu’il y ait un essoufflement avec le mois de ramadan qui va arriver, mais il y a une énergie inédite qui se dégage, c’est un mouvement de contestation que le régime n’a pas connu depuis son indépendance. Le problème, c’est qu’hormis les partis d’opposition, qui sont en majorité considérés par les protestataires comme faisant partie du système, peu de personnes veulent ces élections tout de suite. Elles veulent des conditions préalables pour qu’il y ait des élections compétitives, concurrentielles, transparentes. Le 4 juillet est une date beaucoup trop rapprochée. Il faudrait des signaux clairs, comme en Tunisie en 2011. Le pouvoir doit montrer qu’il est prêt à un dialogue ouvert sur les conditions de la transition, il faudrait une feuille de route. Il ne faut pas qu’il y ait de chasse aux sorcières (…) A mon avis, les élections auront lieu mais d’abord il faut une véritable volonté d’ouverture politique, un nouveau cadre institutionnel, ça me paraît prématuré. Si le mouvement s’essouffle, il y en aura, s’il ne s’essouffle pas, il n’y en aura pas » conclut Michael Ayari .

À propos B.Habib

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*