Infos
Accueil » Contribution » Quand la résilience parle sans subjectivité

Quand la résilience parle sans subjectivité

«Nous êtres parlant ou parle êtres». Lacan

Devant la répulsion régnante du psychisme et où, le recours aux abîmes du charlatanisme est primordial, des conférences sur la résilience permettent au sujet parlant de se frotter à l’idée psychique tout en essayant de se débarrasser des entorses dogmatiques qui ont conditionné sa vie.

Le questionnement de tout ce qui nous semble évident, libère un tant soit peu l’être de cette dé²tresse infantile qui pourrait trouver refuge dans une crise multidimensionnelle dont le caractère sexuel est à prendre en considération pour transpercer les arcanes de son impact sur la dimension psychique qui fait ratage chez l’espèce parlante. De ce fait, pour pouvoir amorcer l’intégration de la résilience, il faudrait néanmoins un minimum de conscientisation pour affronter l’abîme. Une communication exempte de domination servirait d’aiguillon pour comprendre le mécanisme intrinsèque mettant en avant le processus de résilience. La matérialisation de cet aspect ne peut se dynamiser sans l’impulsion d’une certaine maturité intellectuelle à vouloir déjà accepter de s’interroger sur des questions qui permettent au sujet de transcender l’existence subjective. Dans ce sens les questions que se posait Kant, qui suis-je? Que dois-je faire? Que m’est-il permis d’espérer ?
Ce genre de questionnements devrait féconder une approche résiliente ; ainsi ces questionnements « empathiques » pousseront le sujet parlant à pouvoir s’interroger sur ce qui lui semble évident en dessinant son choix de vie et en promouvant l’expression de son individualité qui n’est pas une mince affaire notamment dans les sociétés où les clôtures identitaires précarisent l’unité psychique. Pour revenir sur le thème de la conférence présentée par le neuropsychiatre Boris Cyrulink sur la résilience; il a mis en valeur l’acceptation courante de la mémoire dans le façonnement de la vie du sujet. A cet égard, l’exemple de la petite madeleine de Proust est judicieux, cette dernière retrace le passé de façon involontaire, Proust avait mis en évidence l’aspect subjectif dans le récit. Il est à noter que le psychiatre a fait un bref survol sur le récit mais de façon très timide en privilégiant la fonction clair obscur du neuronale. Mikhaïl Bakhtine, dans Problèmes de la poétique de Dostoïevski, écrit:« Le mot n’est pas une chose mais le milieu perpétuellement mobile, perpétuellement changeant où l’on communique par le dialogue. Il ne renvoie jamais à une seule conscience, à une seule voix. La vie du mot, c’est de passer de bouche en bouche, d’un contexte à un autre contexte, d’un groupe social à un autre, d’une génération à une autre génération. Ce faisant, le mot n’oublie pas quelle est sa voix et ne peut se libérer complètement du pouvoir qu’ont sur lui les contextes concrets dans lesquels il est entré». Il faudrait dire que les carences affectives ne relèvent pas du biologique, prétendre développer cette approche, c’est oser user d’une médicalisation outrancière qui consiste à transformer les sujets en cobayes. Les camelots de l’harmonie neuronale affiliée à la résilience s’imposent et se confondent dans une phraséologie verbeuse laissant place à des théories brèves, dominantes et triomphantes ; le sujet est sous l’effet placebo, il croit à la guérison. En effet, comme il le disait dans son livre « les nourritures affectives », la résilience est “La résilience, c’est l’art de naviguer dans les torrents. Pourquoi dans cette conférence l’accent a été mis sur des aspects qui infantilisent le sujet; nous sommes restés pantois devant l’argumentaire défendu par le neuropsychiatre qui a fait presque abstraction du psychisme, et de la dimension inconsciente, voire la logique des refoulements qui s’ensuit. Dans le dialogue de la nature humaine livre co-écrit avec le sociologue Edgar Morin, il disait « Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres». La question qui mérite d’être posée, est la suivante : Est-ce que le sujet parlant se voit supplanter par les avatars de la neurobiologie et l’intelligence artificielle cette super chérie comme le disait un psychanalyste ? Comment peut-on faire abstraction de « l’hétéronomie » pour reprendre Castoriadis qui définit l’institution imaginaire comme suit, l’être-psychique en tant qu’apparition d’une imagination décloisonnée et « défonctionnalisée ». L’être-psychique constitue la première rupture dans l’ordre du pour-soi en tant qu’il définit un type d’être bien particulier : l’être humain;
l’être-social-historique en tant qu’émergence d’une nouvelle « forme ontologique » définie comme ensemble à chaque fois particulier des institutions et des significations que ces institutions incarnent (« social »), et qui comme telle se trouve engagée dans un processus d’altération temporelle (« historique »); l’être-sujet en tant qu’affirmation de l’autonomie radicale de la « subjectivité humaine pensée comme réflexivité. L’être-sujet favorise la forme ultime du pour-soi où se trouve libéré l’imaginaire comme puissance de création explicite». Il faut partir du principe qu’il faudrait vendre sa soupe pour l’hégémonie neuronale en étouffant le psychisme ;’ l’ayatollah du consumérisme neurobiologique pourrait nous interpeller sur l’anorexie mentale .L’essor de la neurobiologie se prélasse dans la médiocrité ambiante.
Par le fondement de cette science, la subjectivité n’a pas droit de cité ; dans ce cas de figure, nous interrogeons la santé mentale, qui ne peut être malade s’il n’y a ni agents bactériales ni viraux qui peuvent l’affaiblir contrairement au cerveau qui peut être malade. Nous pourrons affirmer que l’aisance neurobiologique ne peut trouver son salut que si le savoir neurobiologique garde sa place en diagnostiquant des maladies telles que l’Alzeimer, l’épilepsie, etc… Comme le disait le psychanalyste Roland Gori, « la sécurité par le gouvernement de la technique tend à remplacer le soin humain. Pour se départir de la litanie neurologique, citons l’exemple de l’anorexie mentale. « Si on se penche sur cet aspect, on peut dire qu’il y a deux théories qui s’opposent en psychanalyse pour l’anorexie mentale :la carence affective ou au contraire une attitude envahissante de la mère qui effraie l’enfant ; ce dernier tente d’y échapper par un contrôle absolu de son corps .En attendant, beaucoup d anorexiques continuent de mourir ou sont hospitalisés le temps d’une rééducation dans le but de subsister et réapprendre à manger. Ceci dit, devant l’événement traumatique qui puise sa logique dans le refoulement, il serait judicieux de mettre en avant cet aspect prononcé timidement lors de la conférence citée plus haut. Ce qui est surprenant, c’est que le psychiatre a essayé de survoler la carence psychique sans évoquer le sexuel qui devrait être partie prenante dans la compréhension de la complexité humaine. Comment peut-on parler de résilience sans aborder le langage étant donné que le sujet est parlé plutôt qu’il ne parle. Dans ce cas-là où est la place du refoulement ? Comment peut-on être laudateur d’un discours psycho neurologique et éradicateur implicite de la subjectivité? Outre ces aspects, le journaliste accompagnateur du conférencier a accompli aisément la fonction du maître censeur qui a évité le débat ; est-ce que pour les pays du tiers monde doit-on faire venir des maîtres penseur de l’illettrisme psychologique débiter à un public, déjà fragile et sujet à des blessures, de persécutions et d’affect, cette description pervertie par un climat « intellecticide » ne pourra favoriser qu’un imaginaire leurrant chez le sujet parlant d’où la fonction surmoïque. Selon le neuro psychiatre Boris Cyrrulink, le traumatisme se transmet de génération en génération, cet aspect démontre comment on massacre la subjectivité, pour ce neuro psychiatre, il n’y a pas d’évènements que le sujet peut investir, cette conception favorise l’aliénation sociale. Prenons l’exemple d’une infection avec un agent « causal « qui va transmettre le virus d’une génération à une autre ; pour les psychanalystes, cette conception met l’aliénation sociale contre l’aliénation symbolique». Ressasser des cours de psychologie archaïque enduite de neurobiologie idéologisée, sans s’attarder sur l’explication mesquine de la violence faite aux femmes qui occulte ‘’le phallus imaginaire auquel s’identifie l’enfant’’, ne peut que conforter voire aggraver l’obscurantisme et le charlatanisme, djinns et exorcisme, dans le contexte algérien. Devant un étayage psychologique vide et creux, il serait judicieux de se poser des questions relatives aux trois aliénations, sociale, symbolique et signifiante sur leurs rapports avec la résilience. Citons à titre d’exemple la maladie de l’autisme qui reste problématique. Accorder un statut social de malade aux autistes, ne doit pas signifier qu’on les réduit, tout en les « chronicisant, à des machines recyclables » et réadaptables par le dressage de type ratomorphique (comme on fait pour les rats de laboratoire). Dans son article du corps nécessaire : Que le dire prenne corps. L’intelligence artificielle à l’insu du corps du dire Exister -comme sujet- c’est créer dans la contrainte corporelle, le psychanalyste Benoît Laurent, nous fera savoir « qu’ Exister, étymologiquement, signifie : être hors / hors d’être… C’est dire que l’existence – existence psychique- s’appuie sur cet être, sur ce qui fait corps. Cela nous rappelle à la logique pulsionnelle : celle qui met en action, par ce moteur qu’est le Désir » d’avoir un corps, je n’ai pas le reste. Ce que Freud entend dans les théories sexuelles infantiles, notamment dans les interrogations des enfants autour d’avoir un pénis ou non (une vulve ou non), ouvre à un champ plus vaste : avoir et n’être (pas). Voilà ce qui définit la naissance d’un sujet : n’être. Si bien que l’essence du sujet équivaut à une perte. L’Un comme unique suppose l’Autre comme pluriel (Pluri-elles dont la psychanalyse se fait porte-étendard), comme reste définissant le sujet en négatif : le sujet n’est (né) “pas-Tout” (le “pas-Tout” c’est le féminin ; le puri-elles)». La sanctification de la répulsion à l’égard du fondement psychanalytique, même si elle est parée d’oripeaux critiques, elle se voit fléchir sans obstacle face à la complexité de l’analyse que dégage cette dernière.
Le traitement des questions est perçu de façon global comme étant subversif dans la mesure où il aura pour seul fonction de titiller certaines convictions intériorisées englouties dans le surmoi collectif qui reste aux aguets. Il va sans dire que le sujet parlant est un être relationnel et son attachement affectif devient une boussole qui structure son unité psychique. Ceci dit, dépeindre la précarisation psychique et la frustration avec son lot de crise multiformes devient chose aisée dans la mesure où on cherche à flirter avec l’abîme. Les complaintes résonnent pour décrier la misère sexuelle, la logique du tabou etc ; mais si on discute en essayant de piocher un peu loin tout en faisant référence à Freud, les préjuges se feront légion et le recours aux éléments de la médiocratie pour décrédibiliser le savoir psychanalytique se morfondra dans la pornographie neurobiologique qui aseptise la réalité sociale.
Une société ne vaut, n’est digne que si les soins qu’elle se donne la peine de prodiguer à ses membres, tiennent compte et prennent en considération la complexité de la structure de la subjectivité, qui caractérise l’espèce humaine, tant qu’elle est seule à dépendre à l’ordre symbolique et des effets qu’il induit, sur le plan individuel comme sur le plan social. En fonction de son histoire, de l’état du rapport de force entre les classes qui la composent, et de celui qui régit la planète, chaque société tolère un certain niveau d’obscurantisme, en fonction de la place accordée en son sein, par les intellectuels notamment, à la logique classique ; celle-ci pousse à la psychose en refusant l’inconscient qui protège et garantit l’existence de chacun. Plus les théories à visée ontologique dominent, plus la dépendance de l’ordre symbolique est niée, et l’obscurantisme, soutenu ainsi par des sciences mécanistes qui se développent, au détriment des prises en charge respectant la subjectivité et sa structure. Enfin, si nous ne prenons pas en considération les effets bénéfiques de la parole, nous ne ferons que clore la subjectivité, cette conception pour le moins asservissante ne peut fonder un savoir objectif et communicable, pour ainsi dire en paraphrasant le sociologue Edgar Morin, « Ce n’est pas la vérité qui est nue, c’est la recherche de la vérité qui est strip-teaseuse ». Dans ce cas de figure comment « on déconnecte» savoir et vérité ?

À propos Adnan Mouri

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*