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Abus sur ordonnances dans nos hôpitaux: Pénurie d’une pharmacovigilance en Algérie!

Dans une lettre adressée à l’ancien ministre de la santé, de la population et de la réforme hospitalière par le collectif des hospitalo-universitaires. Les signataires pharmaciens hospitalo-universitaires soulignent qu’il s’agit d’un cri d’alerte pour dénoncer énergiquement la manière et les visées de ceux qui sont à l’origine de l’exclusion d’ouverture des postes de chefferie de service au niveau des CHU!!? En effet, après parution de l’arrête interministériel du 27 novembre 2016, quel ne fut pas leur étonnement et leur déception de constater que seules les spécialités pharmaceutiques n’ont pas été érigées en services hospitalo-universitaires! S’agit-il d’une omission?! des professeurs et des maîtres de conférences classe A, participent pleinement à diverses activités hospitalières, pédagogiques et scientifiques notamment l’encadrement pratique, théorique et hospitalier des étudiants externes, internes et des résidents en pharmacie, sans oublier l’encadrement des mémoires de fin d’études de graduation et les thèses d’état. Par conséquent, plusieurs générations en graduation et en post-graduation ont suivi leur formation au sein des pharmacies-hospitalières, les laboratoires de chimie-thérapeutique et médicinale, la chimie-analytique pharmaceutique, la galénique, la biophysique, la pharmacognosie et la pharmacologie, dont les responsables de ces spécialités poursuivent sans relâche leurs effort pour accomplir leur noble tâche de transmettre le savoir faire comme les identifications, les analyses, la fabrication des molécules thérapeutique de synthèse ou hemi-synthèse, le contrôle de qualité médicamenteux, le suivi thérapeutique, les analyses d’ordonnances, la pharmaco-vigilance et autres examens à intérêt thérapeutique. Le pharmacien hospitalo-universitaire participe au bon usage du médicament à l’intérieur des hôpitaux. L’hôpital est un lieu exemplaire et privilégié de la thérapeutique où toutes les conditions sont réunies pour que collaborent, en permanence, aux traitements prodigués aux malades, les différents partenaires : pharmaciens, prescripteurs et personnel soignant. On peut même dire que c’est à l’hôpital que se crée la thérapeutique, car c’est là que se fait l’essentiel des expérimentations cliniques de médicaments. Et pourtant… on ne peut que constater le contraste entre les plateaux techniques irréprochables des établissements hospitaliers et le sous-développement des pharmacies hospitalières qui se traduit par un mode bien particulier de délivrance des médicaments: «la dispensation globale» des drogues.
Cette dispensation globale représente une forme d’involution de la pharmacie hospitalière. La pratique verbale de la prescription, le nombre important de prescripteurs et une insuffisance des moyens, ont conduit à un système de dispensation globale caractérisé par l’absence de contrôle pharmaceutique et par les risques qu’il fait courir au malade hospitalisé. Contrairement au circuit officinal, le corps médical s’en tient généralement à une prescription verbale à laquelle succède une cascade de transcriptions. En l’absence d’ordonnance écrite de façon anarchique et non précise, la transmission des directives thérapeutiques n’est pas clairement énoncée et constitue la source d’erreurs variées et importantes dans l’administration des médicaments. La majorité, sinon la totalité des pharmacies hospitalières algériennes effectue donc une dispensation globale des médicaments pour ne pas dire une distribution. Aussi la pharmacie de l’hôpital joue-t-elle un rôle de grossiste répartiteur assurant le réapprovisionnement d’armoires de service hospitalier, véritable petite pharmacie au niveau des unités de soins où le devenir du médicament lui échappe totalement. Il convient de préciser que celles-ci sont issues d’une interprétation abusive de l’«Armoire d’urgence». C’est dans ces réserves que, livré à lui-même sans encadrement, le personnel infirmier puise en fonction des prescriptions des fois à tort et à travers. Cet état de fait contraint le personnel infirmier à outrepasser son rôle propre défini par la réglementation en vigueur. Cette dernière, limite le rôle infirmier à l’administration des médicaments prescrits à la vérification de leur prise et à la surveillance de leurs effets, ce qui correspond à leur formation. Or dans ce domaine, et sans spécialisation suffisante, le personnel infirmier est amené à exécuter les prescriptions et à gérer un stock de médicament : n’est-ce pas une forme d’exercice illégal de la pharmacie ?! Vaux mieux ne pas en rire !!!
Aussi, n’est-il pas surprenant d’assister à un processus régressif qui fait invoquer le pharmacien hospitalier vers une fonction de gestionnaire cherchant à maintenir les dépenses pharmaceutiques dans des limites raisonnables. Alors que le ministère de la santé a mis l’action sur la nécessite de rationaliser la consommation des médicaments et la production nationale des médicaments est passée de 28% à 46 % en 2015, en terme de couverture médicamenteuse.
De fait, la situation est acceptée par l’ensemble des partenaires hospitaliers: médecins, infirmiers, administration hospitalière. Personne ne se soucie en définitive de la qualité de la thérapeutique administrée aux patients. Faudra-t-il que ce soit les utilisateurs eux mêmes par l’intermédiaire d’associations, qui attirent l’attention des autorités de tutelle sur ce problème ? Nous espérons que d’ici là, les pharmaciens hospitaliers auront été entendus et qu’ils auront trouvé les moyens de garantir la sécurité des malades hospitalisés en se basant sur des protocoles de qualité pour réduire les risques d’accidents iatrogènes sans oublier de noter que la pharmacie clinique est actuellement la voie d’espoir pour la pharmacie hospitalière et l’ouverture des services « pharmacie hospitalo-universitaire » jouent un rôle déterminant dans la gestion et le contrôle des dépenses de santé dans nos hôpitaux. Il faut rappeler que, la dispensation du médicament, en raison des connaissances auxquelles elle fait appel, est un acte noble. L’importance des responsabilités engagées impose la prise en charge de ces activités par le pharmacien hospitalo-universitaire qui est le seul, légalement et techniquement, apte à réaliser l’exécution des prescriptions. En milieu hospitalier, chaque partenaire de l’équipe médicale doit assurer dans le domaine de la thérapeutique la responsabilité qui lui est dévolue:
*le prescripteur prescrit
*le pharmacien dispense, supervise, filtre, contrôle et valide les prescriptions
*l’infirmier administre le médicament.
On conçoit aisément que la thérapeutique ne puisse être que personnalisée et on le souhaite d’un haut niveau scientifique. C’est donc en rendant à l’acte pharmaceutique de dispensation du médicament toute sa dignité que l’on trouvera l’observance et la sécurité thérapeutique.
L’observance est un vaste champ d’investigation où nous nous positionnons en fonction des responsabilités qui sont les nôtres. Elle peut se schématiser par la triangulation patient-prescripteur-Pharmacien; sa définition différera en fonction du sommet du triangle où nous nous situons, et sa finalité en ce qui nous concerne, est la prise du médicament. L’étude de l’observance, plutôt de la «complaisance» a commencé par l’inquiétude du corps médical formulée par la question «pourquoi les patients ne prennent-ils pas les médicaments que nous leur prescrivons?». De cette question, semble-t-il a découlé la définition la plus courante de cette complaisance devenue observance: c’est le degré de respect de la prescription médicale par le patient. Suivre un traitement médicamenteux, c’est respecter un geste quotidiennement ; c’est donc avoir en mémoire, et de manière précise, les formes galéniques à prendre par doses justes, à des moments déterminés et pendant un temps ordonné et précis. Un geste s’apprend en le mémorisant. Aussi pour les pharmaciens, l’observance se définira mieux comme étant le comportement induit par une mémorisation optimale de la forme galénique et de sa posologie. Il faut savoir que le patient ne mémorisera bien que ce qu’il aura identifié comme étant «le bon médicament». De ce fait, les pharmaciens devront formuler, concevoir, conditionner et dispenser le médicament, sommes-nous corps médical pleinement responsables au niveau de l’observance ? Il nous faudra dispenser « le bon médicament », car le besoin de sécurité du patient en matière de thérapeutique médicamenteuse est inséparable de la notion d’observance.
Il faut donc prendre et faire prendre conscience au personnel médical, que le pharmacien a un rôle important à jouer pour rendre le patient docile à la prescription médicale. En effet le médecin établit le diagnostic et l’infirmière administre le médicament, chacun de ces actes est essentiel, au patient à faire le reste, c’est-à-dire à donner sa coopération totale au traitement prescrit, en prenant les médicaments correctement en qualité et en quantité, sans les confondre, aux heures édictées et pendant le temps indiqué. Il n’est certes pas simple de s’assurer des anomalies et des fraudes. Elles existent pourtant chez le malade hospitalisé comme chez le malade ambulatoire. Chez le malade hospitalisé, malgré une surveillance plus étroite, la tricherie est fréquente, au moins chez les chroniques. Chez les malades ambulatoires il est reconnu que 25 à 50% ne suivent pas les directives énoncées et surtout s’ils vivent seuls, la prescription médicale, qui leur a été remise à la sortie de l’hôpital, est souvent mal suivie. Qu’ils s’agissent de malade hospitalisé ou ambulatoire il faut déceler, les anomalies et c’est au pharmacien de concevoir un système presque parfait pour assurer au malade la sécurité maximale. Ce système doit tenir compte des facteurs qui interviennent dans la non obéissance à la prescription médicale. Les facteurs sont multiples, évidents et subtils. Comment le malade juge-t-il le médicament? On lui a dit que sa prise était bénéfique et qu’il devait s’appliquer à suivre rigoureusement la prescription. Encore faut-il savoir reconnaître le comprimé et le prendre à l’heure dite. Reconnaître le «bon» comprimé, c’est parfois un problème. Le nom s’oublie, et bientôt c’est à la forme, à la taille, et surtout à la couleur que le malade s’attachera, ces caractères organoleptiques se substituant aux indications pharmacologiques ou thérapeutiques dans l’esprit du malade.
Que de confusion en perspective !
La similitude des caractères immédiats («le comprimé blanc »), la multiplicité des prescriptions, la complication des horaires de prise, sont autant de facteurs qui entraînent lassitude, négligence et finalement défaillance. Doit simplifier la tâche du malade, soit dans le temps préliminaire à la rédaction de l’ordonnance, soit dans son texte, soit dans les conditions de prise des médicaments. Le plus important est d’obtenir la confiance du malade et de lui faire prendre la pleine responsabilité de son traitement. Qui est très important au niveau de la non observance ; c’est l’apparition d’effets secondaires ou indésirables qui est une des causes la plus fréquente d’arrêt du traitement: Ces effets sont parfois dus au seul médicament, le plus souvent à des associations inopportunes. Si le malade a été prévenu, il n’est pas effrayé lorsque apparaissent des nausées et des troubles gastro-intestinaux, pour ne parler que d’effets indésirables légers liés à la thérapeutique médicamenteuse. Si le prescripteur a insisté sur le danger de certaines associations le malade ne prendra pas les risques, qui sont les plus dangereux, soit d’associer certains médicaments (par exemple : anti-vitamine K et salicylées ou bien IMAO et amines diverses) ou bien médicaments et certains aliments (par exemples : médicaments de la sphère mentale et boissons alcoolisées, ou bien IMAO et produits alimentaires aminés tels les fromages.

Ces instructions forment le fond du contrat que le médecin passe avec son malade. L’efficacité de ce contrat dépend en grande partie de la soumission du malade à la prescription médicale. Tout le corps de santé participe à cette attitude informative. Le médecin d’abord à l’hôpital, le personnel infirmier, le pharmacien et dans la pratique ambulatoire, la famille, l’entourage et encore le Pharmacien. Le Pharmacien a en effet un rôle important à jouer pour aider le malade à coopérer à la prise correcte des médicaments qui lui sont prescrits. C’est pour cela que je souligne que « la fonction majeure du Pharmacien est de contrôler l’usage du médicament ». Il fait partie du rôle du Pharmacien de conseiller le malade, avec douceur et fermeté, et de lui expliquer pourquoi il doit poursuivre jusqu’à son terme la thérapeutique prescrite.
En effet, lors de la visite médicale, sous le coup de l’émotion, le malade n’a surtout retenu que le diagnostic et le pronostic. Mais qu’en est-il du Pharmacien Hospitalier, qui, lui est complètement détaché du malade et réduit comme nous l’avons dit précédemment à un simple répartiteur, n’intervenant que de loin au niveau de la dispensation du médicament qui est sa raison d’être au niveau de l’équipe médicale ? Il faut dire que dès qu’il y a dispensation, il est nécessaire d’avoir une prescription avec une ordonnance écrite qui représente la première précaution ; l’homme qui écrit, réfléchit. Elle doit contenir selon la législation les renseignements suivants :
-date, nom et adresse du Médecin
-signature du Médecin prescripteur
-nom de la ou des spécialités
-forme, dosage
-voie d’administration
-posologie par 24 heures et répartition des prises.
-nom du malade et âge.
La dispensation sous-entend obligatoirement :
-l’intervention personnelle
-une compétence.
-Une disponibilité suffisante du Pharmacien au service du malade. Elle est en cela à distinguer de la distribution qui n’exige pas de compétence particulière. En effet l’intervention du Pharmacien doit permettre la vérification des posologies, de la toxicité, des compatibilités, des interférences médicamenteuses etc… et doit sécuriser le malade en lui apportant un complément d’information que n’aurait pas eu le temps d’apporter le médecin. Cette nécessité de la présence physique pharmacien-malade doit être redécouverte ou amplifiée à travers l’acte pharmaceutique personnel, tout comme il existe un acte vétérinaire, un acte médical, ou un acte du dentiste. Ajoutons également que cet acte doit tenir compte de la législation des substances vénéneuses sur le renouvellement ou non de certains médicaments à partir d’une ordonnance.

Schématiquement le médicament suit le chemin suivant :
-Les prescriptions sont faites verbalement et transcrites sur le cahier de visite par le personnel soignant.
-Les bons de commande sont établis globalement à partir du cahier de visite.
-Au niveau de la pharmacie, les médicaments sont délivrés par les préparateurs au personnel infirmier.
-Cette délivrance se fait en vrac.
-L’administration se fait par le personnel infirmier d’une façon globale.
-L’administration des médicaments se fait correctement de 07 h à 14 h d’une façon moyenne de 14 h à 19 h et elle est presque nulle de 19h à 07h ; ceci est dû aux horaires des infirmiers.
De ce schéma, trois éléments importants peuvent être dégagés, pour le Pharmacien afin d’assurer une observance et une sécurité dans la dispensation du Médicament:

1) Le Médicament:
En effet si le médicament offre les mêmes garanties, il faut noter que le conditionnement est différent en milieu hospitalier, non adapté aux besoins, où la notice n’est pas présente pour l’infirmière et où le conditionnement ne joue pas son rôle éducatif, ceci pour des raisons soit disant « économiques ». Ceci a pour corollaire d’augmenter les risques d’erreur ; elle est considérée comme une erreur de médication toute divergence constatée entre la prescription du médecin et la thérapeutique médicamenteuse réellement administrée au malade. Elle peut aller de l’oubli d’une prise chez un malade jusqu’à l’administration de tout un traitement destiné à un autre malade. Or c’est au Pharmacien hospitalier qu’il appartient d’assurer l’acte pharmaceutique avec le maximum de sécurité malgré la complexité du circuit du médicament depuis la pharmacie hospitalière jusqu’à son administration par l’infirmière au lit du malade.
Encore faut-il comme nous l’avons dit que la présentation et le conditionnement des médicaments destinés aux hôpitaux se prêtent à un mode de dispensation adaptée. Quel que soit le mode de dispensation des médicaments mis en œuvre dans les services pharmaceutiques hospitaliers la présentation unitaire se révèle indispensable à l’application de la thérapeutique aux malades.
Pourquoi le Conditionnement Unitaire?
Le Conditionnement Unitaire est indispensable à l’application de la thérapeutique aux malades pour des raisons essentielles de:
-Sécurité : l’identification complète de chacune des doses permet une vérification de la conformité à la prescription et son suivi jusqu’au malade.
-Hygiène : l’efficacité de la protection de chacune des doses contre la pollution ambiante, grâce à un emballage unitaire adéquat, tend à supprimer la transmission des germes par les médicaments et la diminution des infections d’origine hospitalière.
-Conservation et qualité : le conditionnement unitaire améliore la protection des médicaments, assure une conservation plus longue et un stockage plus faible.
-Economie de Santé : les meilleures conditions de gestion des doses unitaires assurent une amélioration de la conservation, un meilleur suivi des péremptions et un recyclage des médicaments non utilisés.

Pour qui le Conditionnement Unitaire ?
Pour le malade hospitalisé, le conditionnement unitaire permet une personnalisation de son traitement, une information sur sa thérapeutique et de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité.
Pour le médecin, le conditionnement unitaire est garant d’une plus grande fiabilité dans le respect de sa prescription.
Pour l’infirmière, le conditionnement unitaire assure une plus grande sécurité dans l’administration des médicaments aux malades.
Pour les administrations de santé, cette nouvelle organisation présente des avantages économiques indirects par la réduction des erreurs thérapeutiques trop souvent responsables de prolongation d’hospitalisation, et directs par la diminution du gaspillage inhérent au conditionnement traditionnel des spécialités.
Pour le Pharmacien et le préparateur en Pharmacie, le conditionnement unitaire est l’outil indispensable leur permettant de mieux assumer leurs obligations professionnelles pour ce qui concerne la dispensation du médicament.
Par qui le Conditionnement Unitaire peut être réalisé ?
— Par les Pharmaciens Hospitaliers eux-mêmes… chaque fois que les besoins thérapeutiques sortent du cadre général du Conditionnement Unitaire Industriel.
Pour s’adapter à la thérapeutique prescrite les pharmaciens hospitaliers doivent être en mesure d’assurer cette tâche ponctuellement, cette activité entrant alors dans le cadre des opérations galéniques qu’ils doivent exécuter dans toutes les règles de l’Art.
— Par l’industrie pharmaceutique dont l’essentiel de la production peut être adapté au conditionnement unitaire. Il est logique et souhaitable que le conditionnement unitaire des spécialités soit manufacturé par les industriels concernés pour des raisons à la fois techniques, économiques, légales et règlementaires.
En effet, le médicament doit être étudié sur le plan analytique et galénique dans son conditionnement définitif ; dans le respect du dossier d’AMM qui s’appuie sur le conditionnement définitif, il est nécessaire que les industriels prennent en charge, eux-mêmes le conditionnement unitaire.
Pour les préparations faites à la pharmacie de l’hôpital, il est normal que ce soit le pharmacien hospitalier qui prend la charge de ce conditionnement unitaire. Pour obtenir rapidement la généralisation du conditionnement unitaire, il faut se baser sur un cahier des charges confirmé éventuellement par voie règlementaire. L’élaboration de ce cahier des charges s’appuie sur les directives internationales, les expériences algériennes depuis 1964 et la mise en place plus ou moins récente en 1978 du conditionnement unitaire dans le centre hospitalier de Mustapha Alger Centre.

2) Le 2ème élément, c’est la prescription: En milieu hospitalier, il manque la prescription de la main du médecin ou sa signature. La prescription se fait oralement dans la plupart des cas. L’infirmière transcrit chaque prescription orale sur le cahier de service dans lequel figurent à la fois les thérapeutiques, les examens nécessaires au diagnostic et à la surveillance du malade.
De plus, il faut noter la plupart du temps une libre circulation sans contrôle pharmaceutique efficace des substances appartenant aux tableaux A et C. Aucune mesure n’existe pour que le prescripteur puisse du reste être attentif à l’inscription aux tableaux de l’un des médicaments qu’il prescrit oralement.
D’autre part, pour un même malade, il peut y avoir pluralité de médecins prescripteurs. Les médecins n’hésitent pas à juste raison à solliciter leurs confrères de spécialités différentes pour résoudre un problème diagnostique et thérapeutique de leur compétence.
Le prescripteur n’est pas toujours un médecin de service. L’infirmière peut dans certains cas, distribuer un médicament non prescrit. Il en est de certains médicaments considérés comme inoffensifs exemple : Aspirine, laxatifs médicaments que le patient peut se procurer sans ordonnance en ambulatoire, mais d’autres aussi: hypnotiques, tranquillisants dont l’appartenance à un tableau de substances vénéneuses met en évidence le risque encouru.
3) Enfin, le troisième élément qui est d’une importance capitale pour le pharmacien c’est la dispensation du médicament. En fait d’après le schéma que nous avons présenté précédemment, il ressort qu’il n’y a pas de dispensation, mais distribution par l’infirmière (personne qualifiée pour les soins et l’administration des médicaments) à partir des pharmacies installées dans les unités de soins. Il n’y a pas de contrôle pharmaceutique de l’ordonnance. Dès lors, l’administration se fait par le personnel soignant sans qu’il y ait possibilité d’intervention pharmaceutique. Le procédé actuel aboutit donc à transformer beaucoup trop le pharmacien hospitalier en grossiste répartiteur sans apporter la moindre garantie au malade.
Ainsi, le circuit hospitalier du médicament montre un bouleversement du schéma classique
-Le Médecin ne prescrit souvent qu’oralement.
-Le Pharmacien n’a souvent le temps que d’être un grossiste répartiteur.
-L’infirmière distribue et administre les médicaments.
-Le Malade absorbe ces médicaments.
Or l’exécution des thérapeutiques en milieu hospitalier est en réalité plus complexe qu’en ville du fait :
-Du regroupement des malades.
-Du nombre important des médicaments administrés par voie parentérale.
-De la prescription de médicaments dangereux plus fréquente qu’en ville.
-Des posologies très fortes garantes de l’efficacité, mais souvent à la limite des doses maximales.
A la suite de l’étude de ces trois éléments essentiels — Médicament — prescription — dispensation, l’hôpital parait, ainsi, être un terrain favorable aux erreurs.
Les erreurs sont très variées et peuvent se situer :
-au niveau du choix du ou des médicaments.
-prescription d’un médicament contre-indiqué
-prescription comportant une liste impressionnante de médicaments.
-prescription d’un médicament dont on est sûr qu’il est inactif, ex : pénicilline pour une tuberculose.
-au niveau de la posologie.
-au niveau d’association de médicaments.
Ces erreurs sont dues soit :
-à la jeunesse du prescripteur. (interne le plus souvent).
-à la prescription clandestine des infirmières.
-à la pluralité des prescripteurs
-au mode d’élaboration d’ordonnances (absence d’écrit)
-absence d’intervention pharmaceutique.
Au niveau de la dispensation du médicament, l’évaluation qualitative et quantitative des erreurs dans les hôpitaux a été réalisée essentiellement par le laboratoire de thérapeutique de la faculté de médecine d’Oran en 2016 et indiquait que le pourcentage d’erreurs au niveau de la dispensation variait entre 15 et 21 % du total des doses administrées.
Après une étude analytique,
je précise que:
6 % Des erreurs techniques concernent le nom du médicament.
1 % Concerne la voie d’administration.
38 % Concernent la dose administrée.
55 % Concernent l’heure d’administration.
Il est sur ce point intéressant de constater que la dispensation des médicaments se fait à 08h à 14h et à 20 h et qu’entre 20 h et 08 h, c’est souvent le trou thérapeutique. On peut dès lors s’interroger sur certaines applications des études de pharmacocinétiques.
A cette liste, il faut ajouter :
-Administration d’un médicament de mauvaise qualité (médicament périmé, mal conservé ou contaminé).
-Absence de prise effective du médicament par le malade.
-Les principales causes
à ces erreurs sont :
*absence d’ordonnance écrite.
*ordonnance incomplète
*transcriptions multiples de la prescription initiale
*mauvaises pratiques de gestion des armoires à pharmacie (confusion) des formes et dosage surtout si ce sont les aides-soignants ou soignantes qui préparent les médicaments.
*et enfin le manque de formation du personnel infirmier qui entraîne parfois la non observance du traitement très souvent du fait que le personnel ne peut apporter d’enseignement au malade quant à la prescription des médicaments.
D’après ce que nous venons de dire, on comprend donc que la sécurité et l’observance ne peuvent être obtenues qu’en passant obligatoirement par un système de dispensation individuelle du médicament et sous la surveillance du pharmacien l’hospitalo-universitaire.
Aussi dans l’intérêt des malades et de la collectivité, seul ce système constitue une réponse logique et saine, car il permet :
1) D’apporter la plus haute sécurité au malade hospitalisé grâce :
-à la surveillance de la prescription
-au contrôle des modalités d’utilisation du médicament.
-à la réalisation de la préparation des médicaments par le personnel spécialisé qui évite le risque de confusion entre les différentes formes et dosage.
-à la séparation entre l’acte de préparation du médicament et l’acte d’administration qui sont réalisés par deux personnes différentes, ce qui permet un contrôle supplémentaire.
2) De rationaliser la gestion du médicament par :
-la suppression des stocks immobilisés dans les unités de soins.
-la réduction du nombre de produits périmés, obtenue par une meilleure rotation du stock.
-le conditionnement unitaire du médicament
-l’ordonnance individuelle
-l’informatique aide à la dispensation.
Pour conclure, il nous faut convaincre les pouvoirs publics que les pharmaciens hospitalo-universitaires doivent être beaucoup plus nombreux et beaucoup plus intégrés à l’équipe médicale hospitalo-universitaire ; afin que leur compétence soit utilisée du mieux possible dans ce domaine de la dispensation du médicament au malade, au recherche biomédicale, sécurisation du circuit médicamenteux et la gestion des risques.
Cette présence physique et dynamique des hospitalo-universitaires nous apparaît très importante au niveau des pharmacies érigées en service de soins pour la redécouverte de cette fonction principale : préparer, dispenser, réduire les risques d’accidents et la formation des internes, résidents et recherches pharmaceutiques. Il nous appartient donc, en tant que professionnels de thérapeutique, de tout mettre en œuvre pour que le médicament, objet de tant de soins au niveau de sa conception et de sa fabrication, puisse conserver son bénéfice et sa précieuse activité jusqu’au lit du malade. Il nous semble que des moyens doivent être donnés aux professionnels que nous sommes, pour que le bon médicament aille au bon malade à la bonne posologie et au bon moment. Pour terminer, nous citons la pensée de Lamartine qui disait : «L’ambition qu’on a pour soi-même, s’avilit et se trompe ; l’ambition qu’on a pour assurer la sécurité et la grandeur du pays, change de nom, elle s’appelle dévouement ».
*Les sciences fondamentales médicales pénalisées par le manque de projection hospitalière au niveau des C.H.U à l’échelle nationale sont comme suit :
-Anatomie, Physiopathologie, Biophysique médicale, Chimie thérapeutique, Physiologie médicale, Chimie analytique pharmaceutique, Biophysique pharmaceutique et pharmacologie.
Le collectif des rangs magistraux pharmaciens en sciences- pharmaceutiques demandent l’ouverture des services (pharmacie- hospitalière), spécialité pénalisée par ce manque d’ouverture des postes aux CHU.

YAHIA DELLAOUI: Professeur/ Chef de Service de thérapeutique/faculté de médecine d’Oran

À propos Yahia Dellaoui

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