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Pôle & Mic: La dictature de l’esprit simpliste

Le penseur De La Rochefoucauld avait dit qu’on pouvait guérir une maladie telle que la variole mais pas un esprit de travers qui noie sa structure dans un aliénisme sans précédent en accentuant « la contagion du mal ». Les déclarations de M. Ksentini sur la chasse à l’homme noir sous prétexte qu’il risque de propager le virus du sida, sont une accusation grave. C’est une atteinte à la dignité humaine et à l’image de l’Algérie qui a toujours pris en charge les réfugiés subsahariens. Cette déclaration n’est pas sans conséquences vu la détérioration du climat social déjà métastasé par la crise multiforme qui sévit largement. Comment ose-t-on parler d’un changement alors qu’à la moindre occasion, on se réfugie derrière des discours haineux qui préparent sans coup férir le terrain d’un racisme mesquin. De nos jours, le sectarisme devient légion à l’égard de toute personne différente par son physique, par son appartenance religieuse ou tout simplement par des convictions contraires à celles de la majorité. Devant la recrudescence de cet état d’esprit tribal, la dictature de la « memeté » devient une vertu qui cantonne le peuple dans une sorte de léthargie et un repli sur soi. Cette attitude très présente dans les pays occidentaux provoque la montée du nationalisme, l’extrême droite française avec son discours odieux sur l’immigration est un exemple édifiant. Pour revenir à la déclaration de M.Ksentini, il ne sert à rien de se voiler la face pour dire que ces paroles ont une charge symptomatique d’une politique moribonde. Par le passé, nous avons cru que les organisations des Droits de l’Homme avaient pour but de défendre un monde juste et digne en appelant à « l’insurrection pacifique » pour bousculer l’imaginaire des peuples, comme disait Stéphane Hessel. Ceci dit, malgré l’ambiance sociale qui se liquéfie journellement, les citoyens n’ont pas lésiné sur les moyens pour dénoncer cette attitude nauséabonde et le mépris à l’égard d’un racisme nouveau qui prend de l’ampleur. Pour battre en brèche cette logique qui favorise la ségrégation et le rejet de l’autre, il faudrait renforcer les acquis de la citoyenneté pour permettre l’éclosion et l’évolution d’une société civile en perte de repères. Que les concepts tels que la modernité ou le vivre ensemble ne soient plus des incantations magiques pour des lendemains qui chantent mais bien au contraire, un acquis pour l’avènement d’une société décente loin de tout amalgame, le respect vis-à-vis d’autrui sans recourir aux humiliations et vexations indignes des humains. Enfin, pour mettre fin à ces dérapages, il est nécessaire de conscientiser la société civile et endiguer ce fléau une bonne fois pour toute.

À propos Adnan Mouri

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