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Cérémonie de béatification des dix-neuf religieux catholiques: Tous les regards sur Santa Cruz

Un moment émouvant certes pour panser les blessures d’un passé douloureux. Les Chrétiens de l’Eglise catholique d’Algérie resteront longtemps marqués par la première béatification dans un pays musulman. La cérémonie des hommages à titre posthume rendus à Oran à 19 personnalités de l’Eglise Catholique d’Algérie , assassinées lors de la tragédie noire, aura donné lieu à une véritable communion entre Chrétiens et Musulmans d’Algérie. Qui le croyait! C’est quasiment une « première » pour une ville millénaire et méditerranéenne comme Oran et dans un pays musulman comme l’Algérie. Ce samedi 8 décembre restera certainement gravé dans la mémoire des Chrétiens et des Musulmans. Dans la chapelle Notre-Dame de Santa Cruz où les regards étaient désormais braqués, tout miroitait et faisait dégager aux visiteurs subjugués, un sens inégalable de partage et d’esprit de «Vivre ensemble». La cérémonie de béatification de dix-neuf religieux catholiques a été ouverte à la mi-journée. Pour rappel, ces religieux ont payé de leur vie, dans les années 90, durant la «décennie noire», pour continuer à exercer librement en Algérie malgré le danger. Il y a lieu de citer notamment les sept moines du monastère de Tibéhirine ainsi que Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran. Plus qu’une cérémonie, c’est une invitation solennelle et majestueuse entre Chrétiens et Musulmans d’Algérie dont le destin a voulu les réunir à Oran, ville musulmane algérienne. Un mot d’ordre qui avait été répété, vendredi soir, lors de la veillée, par les proches des religieux décédés mais aussi par les responsables de l’Eglise d’Algérie. D’abord parce que durant ces «années de plomb», ce sont non seulement, 19 religieux qui furent passés de vie à trépas à cause de leur engagement mais surtout plus de 200.000 morts, principalement des civils. L’histoire retiendra que l’engagement pris par ces religieux européens de rester en Algérie avec les Algériens, malgré les menaces, est une leçon au monde entier. C’est aussi le sens de la présence du ministre algérien des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, présent ce samedi, dans l’Eglise de Santa Cruz, au côté des proches des disparus. La mosquée d’Oran s’est également associée à cette célébration. On pouvait distinguer dans cette célébration certains religieux présents à Tibéhirine le soir de l’enlèvement des moines. De même que des familles de ceux qui sont décédés parmi les moines ainsi que des membres de l’Eglise, des officiels algériens, une délégation du Vatican outre le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères. La cérémonie de béatification, retransmise en direct à partir de l’Eglise de Santa Cruz d’Oran était un hommage et une fusion en même temps. Sur l’extérieur, Oran repose joliment sur une colline qui la surplombe. Quelque 1.200 personnes ont assisté à cette béatification. Pour le père Thomas Georgeon, «c’est un évènement unique dans l’histoire de l’Eglise» car il s’agit de la première cérémonie de cette ampleur à être organisée dans un pays musulman, qui plus est, concernant des martyrs récents. Mais loin de raviver les tensions et les divisions dans le pays, cette béatification marque surtout un temps d’espérance et de réconciliation pour surmonter les blessures du passé. Au-delà du seul cas algérien, cette béatification est une occasion d’appeler à vivre un chemin de sainteté dans le don du quotidien, c’est ce que nous rappelle le père Thomas Georgeon, moine à l’abbaye Notre-Dame de la Trappe. Il est le postulateur de la cause de Pierre Claverie et de ses 18 compagnons. La messe de béatification proprement dite a eu lieu au sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz à partir de 13h. La célébration a été présidée par le cardinal Becciu, préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Il y a eu la présence notamment de Mgr Jean Paul Vesco, évêque d’Oran, de Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger outre le père Thomas Georgeon. Cette béatification est une reconnaissance de l’Eglise catholique du statut de martyr aux 19 religieux qui, en dépit du climat d’insécurité totale à cette époque, avaient fait le choix de rester en Algérie en dépit des menaces pesant directement sur leur propre vie. De son côté, le ministre des Affaires religieuses et du Culte, Mohamed Aissa, qui rappelle les valeurs de l’Algérie pour la défense de la tolérance, de la fraternité et du Vivre ensemble en paix, a reconnu «la liberté de conscience consacrée par l’article 47 de la Constitution algérienne qui, lors de sa révision en 2016, a été prolongée par le droit garanti de l’exercice du culte autre que musulman (…) un principe constitutionnalisé en Algérie, ça ne l’est nulle part ailleurs dans le monde musulman», a-t-il souligné. L’envoyé du Pape François, le cardinal Giovanni Angelo Becciu, Préfet de la Congrégation des causes des saints, est arrivé vendredi après-midi à Oran. « Je remercie l’Etat algérien et à sa tête le président Bouteflika, pour leur collaboration dans l’organisation et la réussite de la cérémonie de béatification des 19 religieux catholiques morts en Algérie », a indiqué le représentant du souverain pontife, dans une déclaration à la presse, à son accueil à l’aéroport par le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Mohamed Aïssa.

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