Accueil » Monde » Mobilisation des gilets jaunes samedi: Journée de chaos à Paris

Mobilisation des gilets jaunes samedi: Journée de chaos à Paris

Cela sent la révolution. Le gouvernement français se trouve dans une impasse. Il fait face à une crise la plus aiguë, jamais connue en France. Les Français n’en croient plus leurs yeux face à cette descente subite vers l’inconnu suite au mouvement de protestation des gilets jaunes, jamais égalé, dans l’histoire de ce pays. Des gilets jaunes ont jugé leur mouvement de « pacifique » sauf que la réalité est tout autre. Quel avenir pour cette protestation qui du reste, met dans l’embarras le gouvernement?
Aussi imprévisible qu’il soit, ce mouvement paralyse aujourd’hui tout le pays. Une journée particulièrement de chaos en France ce samedi. Tout ou presque a basculé: véhicules et restaurants incendiés, magasins pillés, policiers attaqués. La mobilisation des « gilets jaunes » a donné lieu à de véritables « affrontements » entre les manifestants et les forces de police. La capitale a rarement enregistré pareil déferlement de violences. La mobilisation des gilets jaunes est de plus en plus  accrue. Ils ont fait fi au dernier discours de leur président : pas question de supprimer la taxe carbone. Théâtre pendant plusieurs heures de scènes de chaos, les quartiers de Paris ont été à peine reconnaissables à la vue de ces violences « fermement condamnées » d’ailleurs par le chef de l’Etat. Confus et mal à l’aise, Emmanuel Macron trouvait à peine les mots pour illustrer sa frustration à l’égard de ce qui arrive à son peuple. De là, à ce que l’«Arc de Triomphe» soit « souillé », semblait ainsi s’étonner le président Français qui avertit qu’il ne tolère pas cette situation qui n’a pas d’excuses selon lui. »Aucune cause ne justifie que les forces de l’ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des passants ou des journalistes soient menacés, que l’Arc du Triomphe soit souillé », a en effet déclaré Macron à Buenos-Aires, à la fin du Sommet du G20 . Macron a choisi la capitale de l’Argentine pour annoncer une réunion d’urgence à Paris « dimanche matin » notamment avec son Premier ministre. Du quartier de l’Opéra à la prestigieuse avenue Foch en passant par la rue de Rivoli, des scènes de guérilla urbaine ont été observées dans plusieurs quartiers « chics » de la capitale, éclipsant le message porté ailleurs en France par des dizaines de milliers de « gilets jaunes ». Le Premier ministre, Edouard Philippe, a évoqué des violences « incroyablement choquantes » lors d’une visite samedi soir dans une caserne de policiers. La situation en début de soirée était « plus apaisée » dans la capitale. « Mais pas totalement sécurisée », a observé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Le bilan ne s’est pas fait attendre : 287 personnes ont été interpellées dans la capitale et 110 blessés dont 17 parmi les forces de l’ordre. Près de 190 départs de feu ont été traités par les sapeurs-pompiers pendant la journée et 06 immeubles incendiés. Le Procureur de Paris monte au créneau : le Parquet veillera à « ne pas laisser impunies (ces) exactions inacceptables », a affirmé Rémy Heitz. 4.600 gendarmes et policiers étaient mobilisés. Un fusil d’assaut a été dérobé dans une voiture de police. Un manifestant a été gravement blessé par une grille du Jardin des Tuileries qu’il venait de desceller avec d’autres « gilets jaunes ». Une voiture des forces de l’ordre a été incendiée. « Je suis solidaire avec les +gilets jaunes+, mais j’ai envie de pleurer face à toute cette violence », résumait Fanny, une infirmière de 47 ans. « Ça sent la Révolution ». Dans plusieurs quartiers au coeur de la capitale, des personnes cagoulées ont pris à partie des pompiers et érigé des barricades de fortune pour freiner les forces de l’ordre qui ont répliqué par des tirs de lacrymogène, ont constaté des journalistes de l’AFP. « Les coupables de ces violences ne veulent pas de changement, ne veulent aucune amélioration, ils veulent le chaos », a affirmé M. Macron. Le syndicat de police Alliance a évoqué des « scènes d’insurrection » tandis qu’Unité SGP Police refusait que les policiers soient les « bouc émissaires de l’autisme du gouvernement ». « Il va falloir à un moment que Macron nous entende sinon ça va être de pire en pire », a déclaré Gaetan Kerr, 52 ans, agriculteur venu de l’Yonne, non loin des Champs-Élysées. C’est dans ce quartier que les premiers heurts ont éclaté vers 8H45. C’était quand des manifestants ont tenté de forcer un barrage. Ils se sont attirés la riposte des forces de l’ordre. Les échauffourées autour de l’Arc de Triomphe ont donné lieu à des scènes surréalistes. Réunis autour de la flamme du soldat inconnu, des manifestants ont entonné la « Marseillaise » dans les nuages de gaz lacrymogène. Des tags anti-Macron ont été peints au pied du monument. « Je veux dire à quel point j’ai été choqué par la mise en cause de symboles qui sont des symboles de la France », a réagi M. Philippe. Les manifestants les plus radicaux ont reflué dans des avenues adjacentes. Samedi, la situation a été nettement plus calme sur l’avenue des Champs-Élysées elle-même, sécurisée par un quadrillage policier. « Nous sommes un mouvement pacifique, c’est juste que nous sommes désorganisés », déplorait Dan Lodi, un « gilet jaune » de 68 ans. Des figures de l’opposition ont accusé le gouvernement de vouloir torpiller le mouvement des gilets jaunes « en mettant en scène ces violences ». Une affirmation « honteuse » selon M. Castaner. Pour le porte-parole des Républicains (LR), Gilles Platret, « il est impératif » que l’exécutif « fasse un geste significatif » envers les +gilets jaunes+. Lancé il y a quinze jours hors de tout cadre politique ou syndical, ce mouvement protéiforme s’est poursuivi hors de Paris. Au dernier bilan, 75.000 manifestants avaient été recensés samedi en France. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282.000 personnes, et la deuxième 106.000. La plupart des mobilisations se sont déroulées dans le calme mais des défilés ont dégénéré à Bordeaux, Toulouse, Nantes, Tours ou Dijon. A Saint-Étienne, des casseurs ont tenté de pénétrer dans un centre commercial et en Haute-Loire, la préfecture a été incendiée après le jet de cocktails molotov. Le gouvernement doit désormais tenter de trouver une solution. Le Premier ministre a annulé son déplacement dimanche et lundi en Pologne pour le Sommet sur le climat COP 24. Le ministre de l’Intérieur a appelé les « gilets jaunes » à « lever le pied » et « revenir autour de la table », tout en esquissant un mea culpa. « On a objectivement mal géré un certain nombre de séquences de communication », a-t-il ainsi déclaré sur BFMTV. Il n’a pas toutefois exclu de recourir aux grands moyens pour empêcher une nouvelle flambée de violences. Interrogé sur la possibilité d’instaurer l’état d’urgence, M. Castaner a ainsi assuré n’avoir « aucun tabou ».

À propos B.Habib

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*