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Vétusté des équipements, précarité de l’encadrement et maigres subventions Cantines scolaires: La privatisation est-elle la solution?

Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Nouredine Bedoui, a annoncé, récemment, le souhait de son département de voir la gestion des cantines scolaires confiées aux petites entreprises privées. La privatisation des cantines scolaires vise à garantir «une meilleure prise en charge et une amélioration notable dans le domaine de la gestion des établissements scolaires», selon M. Bedoui. La démarche du département de M. Bedoui ne fait l’unanimité au sein des syndicats du secteur de l’éducation et les élus locaux. Pour certains syndicats de l’éducation, le privé ne fera que «de faire sombrer encore et davantage ces cantines dans le désordre et le désarroi», arguant que «le privé ne cherchera qu’à renflouer ces caisses au détriment des enfants scolarisés». «La gestion des cantines scolaires transférées, en janvier 2017, par le ministère de l’Education nationale aux communes n’a fait qu’empirer leurs situations», estiment certains élus qui déplorent déjà «leur fonctionnement rudimentaire». Qualifiant cette décision «de fuite en avant», certains élus de l’APW de Béjaia estiment qu’il s’agit «bel et bien de la remise en cause du principe de l’Éducation gratuite en Algérie», dont ils n’écartent pas «le payement des repas par les élèves eux-mêmes après ce désengagement de l’Etat déguisé». D’autres élus locaux n’arrivent pas à comprendre cette décision qui vient surtout après le recrutement à l’échelle nationale de 5.000 ouvriers venus pour renforcer le personnel exerçant au niveau des cantines scolaires dont la wilaya de Béjaia a bénéficié dans ce cadre, de quelque 1.039 nouveaux postes budgétaires. Il convient de rappeler que la wilaya de Béjaia compte 483 cantines scolaires reparties à travers les établissements de cycle primaire des 52 communes. Les cantines scolaires de la wilaya de Béjaïa fonctionnent dans des conditions que l’on peut qualifier aisément des plus difficiles, une situation qui se caractérise par la vétusté des équipements, précarité de l’encadrement, maigres subventions des pouvoirs publics au moment où elles font face à une demande de prise en charge en constante augmentation. Plusieurs cantines ont fermé leurs portes faute de personnel, cela est valable aussi pour les CEM et ce, faute de personnel. Une situation que déplorent les associations de parents d’élèves que nous avons rencontrées qui nous retracent une situation peu reluisante que vivent les élèves contraints de faire des kilomètres à pied pour se restaurer. Sur un autre chapitre, il faut relever que les autres cantines existantes sont dans la misère la plus totale où elles continuent à fonctionner avec un prix du repas ne dépassant pas les 25 dinars, apprend-on des directeurs des écoles primaires que nous avons interrogés et ce, au moment où les prix des fruits et légumes ne cessent d’augmenter sans parler des viandes et poissons qui sont un luxe pour ces cantines. La visite de certaines cantines scolaires de la wilaya de Béjaïa nous a permis de constater de visu que les repas sont composés souvent de légumes secs d’un bout de viande et quelques fois d’un dessert. «Les cantines scolaires sont prises en charge par trois parties qui les financent à savoir le ministère de l’Education Nationale avec l’apport de 15 DA, la wilaya de 4 DA et enfin les communes dont l’aide diffère d’une commune à l’autre, selon la santé financière de chaque commune», apprend-on des directeurs d’école que nous avons rencontrés. Des responsables qui arrivent difficilement à gérer ces cantines compte tenu des budgets maigres et insignifiants qui leur sont alloués. La majeure partie de la subvention allouée aux cantines parvient des collectivités locales lorsqu’on sait que sur les 52 communes que compte la wilaya, 48 d’entre elles sont déficitaires et par voie de conséquence, l’aide ne peut être que des plus insignifiantes. Hormis les communes d’Akbou et de Béjaïa qui déboursent entre 20 et 25 DA le repas pour ses cantines scolaires, les autres communes comptent la plupart sur les aides du ministère et de la wilaya, ce qui fait que le prix du repas ne dépasse guère les 19 DA. Face à cette situation financière des plus difficiles, les cantines scolaires font face à une demande en constante croissance d’élèves. Le nombre de bénéficiaires de repas de ces cantines scolaires dépasse les 100.000 qui sont issus, pour la plupart, de familles nécessiteuses, donc pauvres. La création de nouvelles cantines scolaires est certes prise en charge, mais en revanche, l’amélioration des repas demeure toujours insuffisante. Une qualité de service de ces cantines décriée par les parents d’élèves de la wilaya regroupés au sein des associations affiliées toutes à la Fédération de wilaya. Les responsables de ces associations de parents d’élèves que nous avons interrogés, sont unanimes à qualifier de « médiocre» cette prise en charge. Pour nos différents interlocuteurs, «le repas est souvent constitué de soupe et de légumes secs» en nous précisant que «ces cantines sont dans la plupart des cas encadrés par du personnel du filet social pris en charge par la DAS» donc non formé pour la préparation de repas. Cette situation que traverse les cantines scolaires de la wilaya, pousse beaucoup d’élèves, notamment ceux qui ne sont pas pris en charge faute de place ou d’absence de cantines scolaires dans leurs localité, à ramener de la nourriture souvent faite de repas froid de chez eux, ce qui pourra se répercuter négativement sur leur santé et le rendement scolaire. Alors, la privatisation des cantines scolaires est-elle la bonne solution?

À propos Hocine Smaâli

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