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GUERRE D’ALGERIE: L’affaire Audin triomphe enfin

Plus d’un demi siècle après l’indépendance de l’Algérie, la France officielle vient enfin de reconnaître que le militant algérien Maurice Audin, disparu en juin 1957, est « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ». C’est le combat triomphant de toute une génération qui n’a de cesse de réclamer la vérité et rien que la vérité sur les crimes de guerres qu’a commis la France colonial en Algérie. Il est temps donc plus de 50 ans après la fin de la guerre d’Algérie, que la vérité soit connue et reconnue sur les circonstances de l’assassinat de ce grand militant de la cause Algérienne. Beaucoup d’historiens Français et Algériens à l’instar de Raphaëlle Branche, n’ont de cesse de crier haut et fort qu’il est urgent «d’interroger les témoins encore vivants de cette histoire, seuls à même de dire ce qui s’est passé». L’Elysée qui a reconnu, jeudi, officiellement avoir instauré un « système » recourant à la « torture » pendant la guerre de libération nationale, décide aussi « l’ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens ». Il convient de rappeler que le 21 juin 1957, Maurice Audin, ce mathématicien algérien est mort sous la torture à l’âge de 25 ans. Maurice Audin, symbole de l’intellectuel engagé avec son peuple dans la lutte pour l’indépendance nationale, figure parmi les milliers de disparus au cours de la répression de 1957. Maurice Audin, est né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie), est mathématicien à l’université d’Alger, membre du Parti communiste algérien et militant de l’indépendance algérienne. Après son arrestation le 11 juin 1957 au cours de la bataille d’Alger, il meurt le 21 du même mois, pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d’historiens, notamment Pierre Vidal-Naquet, il est mort pendant son interrogatoire par des parachutistes. Cette thèse a longtemps été rejetée par l’armée française, qui affirmait qu’il s’était évadé, jusqu’à ce que le tristement célèbre général Aussaresses affirme avoir donné l’ordre de tuer Maurice Audin. En juin 1957, en pleine bataille d’Alger alors aux mains des parachutistes des généraux Massu et Bigeard, disparaissait, Maurice Audin, qui était membre du PCA, fut torturé, comme en témoigna Henri Alleg, et assassiné par un militaire français. Il était marié à Josette Audin, et père de trois jeunes enfants. Etudiant brillant, il avait commencé une thèse en analyse fonctionnelle à l’Université d’Alger sous la direction de René de Possel, qu’il terminait sous la direction de Laurent Schwartz. La disparition de Maurice Audin fut emblématique des trois mille disparus de la sinistre bataille d’Alger. Sa veuve, Josette Audin, a écrit, à plusieurs reprises, aux autorités françaises pour connaître la vérité sur l’assassinat de ce militant Algérien. « Je vous écris au sujet de mon mari, Maurice Audin. En 1957, nous vivions à Alger, avec nos trois enfants (3 ans, 20 mois et 1 mois). C’était la guerre d’Algérie», c’est en ces termes que Madame Josette a débuté sa missive à François Hollande en lui rappelons que «comme beaucoup d’autres Algériens, Maurice était engagé dans la lutte pour la libération de l’Algérie. Comme beaucoup d’autres Algériens, il a été arrêté par les parachutistes français, responsables «du maintien de l’ordre». Oui, c’était le 11 Juin 1957, pendant la bataille d’Alger. Comme beaucoup d’autres Algériens, il a été atrocement torturé, torturé jusqu’à la mort les militaires français, responsables de son assassinat, ont prétendu qu’il s’était évadé au cours d’un transfert. Les autorités civiles, militaires, juridiques, françaises s’en sont toujours tenues à cette thèse. Pourtant, madame Audin fait remarquer au président Français que «des historiens, dont Pierre Vidal-Naquet, ont établi que mon mari était mort sous la torture». Une journaliste même, dénommée Nathalie Funès, a trouvé dernièrement, dans les archives d’une université américaine, des éléments nouveaux. En février dernier, un appelé de contingent, qui pense avoir enterré le corps de Maurice Audin, a relancé l’exigence de vérité sur ce crime vieux de 61 ans. « Je crois que c’est moi qui ai enterré le corps de Maurice Audin », avait confié au journaliste de l’Humanité ce témoin des atrocités qu’avait fait subir l’armée française aux Algériens durant la guerre de libération et qui a voulu garder l’anonymat en se tenant à la disposition de la famille Audin. Il a raconté que les événements se sont déroulés dans une ferme à Fondouk (actuellement Khemis el-Khechna) où, dans une cabane fermée à clé, se trouvaient « deux cadavres enroulés dans des draps et cachés sous la paille ». « J’ai d’abord l’impression de loin que ce sont des Africains. Ils sont tout noirs, comme du charbon », a-t-il précisé, faisant état des propos du soldat Gérard Garcet, désigné plus tard par ses supérieurs comme l’assassin de Maurice Audin qui racontait « fièrement » avoir passé les deux victimes à la « lampe à souder » (…) pour éviter qu’on puisse les identifier ». Dans une tribune publiée par Le Monde, Benjamin Stora estime que cette déclaration du président Macron « n’est pas un verdict définitif à propos de la guerre d’Algérie. Elle dit des faits, déjà établis par les historiens, maintient ouverte la porte des controverses citoyennes pour sortir de la rumination du passé et des blessures mémorielles, encourage les acteurs et témoins à parler de leurs souffrances ». Cette historien Français, n’écarte pas que cette déclaration « fera pousser des cris, dans la droite extrême, de ceux qui diront qu’il s’agit là de la repentance, et qu’il ne faut pas évoquer la face d’ombre du passé français », ajoutant que pour « l’immense masse » de ceux qui ont vécu le temps de la colonisation, « elle laissera une trace ineffaçable ». Maurice Audin restera sans doute ce grand militant et un exemple pour l’humanisme dans la défense des causes justes, l’Algérie est éternellement fière de lui.

À propos Hocine Smaâli

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