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Pôle & Mic: Le nikab: pathologie réussie

Arborer le drapeau du fanatisme religieux démontre sans emphase que la crise algérienne a une dimension sexuelle. La déclaration du ministre de l’éducation pour l’interdiction du nikab a pour objectif de désacraliser cette «ignorance sacrée». Devant, cette mesure qui se veut pour le moins rationnelle, une mascarade hystérique se fait sentir dans l’espace public, certaines enseignantes adeptes de cet accoutrement loufoque veulent jouer le rôle de Zorro le justicier devant les enfants. Ce type de comportement démontre que les voies de la raison s’égarent tout en dépréciant le bon sens et l’énergie créatrice de l’esprit critique. Depuis la décennie noire la malice islamique devient un asile pathologique qui pollue le système éducatif déjà en proie à l’affaiblissement d’une démarche efficiente. La sévérité du diagnostic du ministre culmine dans la remise en cause du fanatisme qui désocialise l’enfant tout en favorisant l’exacerbation du conflit intérieur. Ceci dit, il n’en demeure pas moins de voir que la disjonction entre voile intégrale et viol n’est pas absolument étanche au-delà de l’inversion des voyelles qui mérite une analyse linguistique. Sur cet aspect, le sectarisme salafiste cumule l’inconvénient de la détresse infantile, et celui d’une fondation d’une illusion qui prophétise l’accès au paradis comme le disait Marx misère sur terre et gloire dans l’au-delà». Il est permis de voir que l’illusion religieuse exprime ce que nous voudrions voir être vrai, l’inhibition de la rationalité bat en brèche la fonction conciliatrice de la raison en faisant régner un plaidoyer qui met en évidence «la clôture dogmatique» comme symptôme d’une crise multidimensionnelle. La tyrannie de l’interdit permet l’asservissement de l’imaginaire. Le musellement de la subjectivité ne peut qu’avantager cette érotisation du sacré, étant donné que les métastases du fanatisme restent sourdes aux arguments de la raison et de l’étonnement qui est le propre du sujet parlant. L’esprit critique balbutiant ne peut manquer de se muer en facteurs de «rigidité identitaire» en cautionnant l’essence du fanatisme qui permet «l’empiétement sur les droits des autres» comme le disait Amin Malouf dans son essai identité meurtrière. Lors de la décennie noire l’assassinat des jeunes filles refusant de porter le voile en est l’exemple et cet acte démontre l’étendue des dégâts de l’identité «même» qui accentue la déliaison sociale. Le sujet parlant ne devra pas passer ces crimes aux oubliettes. En effet, au-delà de la provocation de l’analyse critique qui dénonce cette socialité anomique, par la sacralisation des actes de violence nous pouvons conclure que les mythes et les dogmes de la pulsion de mort battent en brèche la sentimentalité d’échanges basée sur le cri de Rimbaud «je est un autre». Le salafisme comme erreur religieuse érige la souffrance de l’incommunicabilité comme valeur absolue en la cristallisant dans une morale tartufesque. Cet aspect comme le dit Nietzche est un pas vers «la décadence religieuse». A la lumière de cette idée, il y a lieu de revenir sur la communication sociale qui se noie dans le poison dans lequel l’interdit de penser a infusé. L’enjeu de la question est d’essayer de comprendre les ressorts inconscients de la tyrannie du silence, où «le je pense veut dire adhérer» pour reprendre Pierre Legendre devient une règle hégémonique. Se situant aux antipodes de ce bâillonnement, la liberté individuelle peut faire jaillir la plénitude de l’écoute, la force du verbe et l’unité de la vie. Cet aspect rappelle ce que la psychanalyste Françoise Dolto disait «que tout est dialogue». Cette stricte limite de l’incommunicabilité dans le contexte algérien permet de mettre en relief l’aspect psycho affectif de la personnalité de l’enfant. Dans psychanalyse et pédiatrie, Dolto a mis en évidence les concepts de Freud, Dans le premier essai sur la théorie de la sexualité freud nous fera savoir que la sexualité ne se réduit pas à la génitalité, une sexualité prégénitale infantile a été mise en valeur pour comprendre la dimension psychique de l’enfant. Ce survol sur la théorie freudienne consiste à révéler que les arguments tyranniques des salafiste trouvent leurs points de repère dans un délabrement psychique, comme le souligne le psychanalyste tunisien Fethi Benslama dans son livre: «la psychanalyse à l’épreuve de l’islam», il faudrait défaire les conceptions mythologiques du monde pour comprendre de quoi sont faits leurs socles invisibles». Enfin, l’enlisement du discours du sujet dans les ornières du dogmatisme peut nous rappeler la citation de l’anthropologue Malek Chabel qui disait «si les actes sont contraints, au moins que la pensée soit libre».

À propos Adnan Mouri

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