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Série d’inculpations en vue dans l’Affaire Benalla: Crise politique en France

C’est du niveau du « Watergate », confient des observateurs en France, même si ce qualificatif serait à des proportions gardées, un peu osé. Confronté à sa plus sérieuse crise en France, le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, ne devrait pas rester longtemps sans donner des mesures. Macron à qui l’opposition demande des comptes sur cette affaire, garde la distance. Il préfère, peut-être, à ce que soit le Parquet qui est «autonome», qui enquête en liberté et sans immixtion sur cette affaire.
Le président français garde ses distances et se montre plutôt prudent dans ses déclarations quoique aussi rares soient-elles, elles mettent sur leur faim la classe politique qui l’attend au tournant. La justice française a, en tous les cas, pris les devants en donnant le ton et en faisant franchir une étape à cette affaire. Cette dernière est à l’origine d’une crise politique pour le moins aiguë. Le Parquet a en effet confié l’enquête à un juge d’instruction, en vue d’une possible inculpation d’un ancien collaborateur de l’Élysée, pour des faits de violence. Jamais un proche de l’Elysée n’a fait l’objet d’une campagne aussi virulente et désapprobatrice. Cette fois, ce serait le vidéo qui retransmit en direct le film des violences commises contre des manifestants le jour de la fête du travail qui épingle et met dans de beaux draps le premier concerné ainsi qu’un de ses accompagnateurs. Tout compte fait, après trois jours d’enquête préliminaire, le Parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour « violences en réunion » et « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique ». Cette affaire intervient après des violences commises le 1er Mai par Alexandre Benalla. Celui-ci est présenté comme ancien adjoint du chef de cabinet de la présidence. Vincent Crase, réserviste de la gendarmerie comme lui, employé par le parti présidentiel La République en marche, serait lui aussi inculpé. MM. Benalla et Crase ont en effet été filmés en train de tabasser et malmener des manifestants le jour de la Fête du travail à Paris. Le paradoxe veut que les deux hommes étaient censés accompagner les forces de l’ordre en tant qu’« observateurs ». Si M. Benalla a été discrètement mis à pied pendant 15 jours en mai, la justice n’avait pas été actionnée. Ce n’est que vendredi qu’il a été licencié. Outre MM. Benalla et Crase, trois policiers hauts gradés soupçonnés d’avoir transmis à M. Benalla des images de vidéosurveillance, devraient également être présentés dans la journée à un juge d’instruction. La femme et l’homme malmenés le 1er Mai ont demandé à être entendus ultérieurement par les enquêteurs. Les révélations qui se sont succédé suite à cette affaire, sont enchaînées dans le dossier saisi par le Parquet de Paris. Cela concerne notamment les avantages accordés à Benalla – logement de fonction dans une dépendance du palais présidentiel de l’Élysée, badge d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée nationale – Le président français se trouve au coeur d’un scandale. Il s’agit de sa plus grave crise politique depuis son élection en mai 2017. Il est jusqu’ici resté silencieux. Le porte-parole de l’Élysée, Bruno Roger-Petit, avait affirmé jeudi qu’il avait été «démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président» après le 1er Mai. M. Benalla apparaît sur plusieurs clichés accablants récents aux côtés de M. Macron ou du couple présidentiel, notamment le 13 juillet à Giverny, en Normandie. Les ténors de l’opposition sont montés au créneau pour demander au président « des comptes », comme Laurent Wauquiez (LR, droite). L’affaire est « du niveau du Watergate », considère le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Mais selon le porte-parole de La République en marche (LREM), Gabriel Attal, si le président s’exprimait « sur cette affaire, on trouverait partout des commentateurs pour s’indigner du poids potentiel de ses mots sur les enquêtes en cours». «On dirait que [sa parole] interférerait», considère aussi Marc Fesneau, chef de file des députés centristes MoDem (allié de LREM). Le premier à donner quelques explications devrait être le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, attendu lundi à 8h GMT (4h) devant la commission des Lois de l’Assemblée qui s’est dotée de prérogatives d’enquête. Les députés d’opposition qui l’accusent d’avoir menti jeudi devant le Sénat, la Chambre haute du parlement bicaméral français, devraient le mettre sur le gril. Le quotidien « Le Parisien » écrit qu’un déjeuner de crise aurait eu lieu samedi autour d’Emmanuel Macron à l’Élysée, réunissant Gérard Collomb et la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Celle-ci est en première ligne à l’Assemblée, en théorie sur le projet de révision constitutionnelle, dont l’examen est bloqué depuis jeudi soir. Au point que le gouvernement a décidé dimanche de le suspendre jusqu’à nouvel ordre. «Le gouvernement a décidé de suspendre l’examen de la révision constitutionnelle et souhaite que celui-ci puisse reprendre ultérieurement dans des conditions plus sereines», a annoncé Nicole Belloubet. Selon le président de l’Assemblée, François de Rugy (LREM), la séance reprendra lundi à 16 h, horaire prévu de l’examen d’un projet de loi sur la formation, l’apprentissage et l’assurance chômage. Depuis jeudi, l’hémicycle était le théâtre d’un bras de fer autour de ce que le patron du groupe LR, Christian Jacob, a appelé l’«affaire Macron-Benalla». Dans une atmosphère tendue, les oppositions réclamaient la venue du Premier ministre Édouard Philippe ou «au moins» du secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner.

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