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Le pharmacien est-il un commerçant?

Suite à mon billet paru sur le quotidien «El-Watan» le 28 janvier dernier «le silence est-il vraiment d’or?». J’ai reçu une correspondance de la part d’un de nos confrères prescripteurs. Je l’en remercie très vivement et fermement. Il m’écrivait ceci :
Dans l’article intitulé «le silence est-il vraiment d’or? Malgré l’assertion de l’auteur connu et reconnu, le Docteur en pharmacie est bien un commerçant, soumis aux lois du commerce; bénéfice, facturation, chiffre d’affaire, achats, ventes… etc».
Cher confrère, je vais vous parler à cœur ouvert.
Ce genre de comportement, d’allure, plutôt de position, fait beaucoup de mal à un métier noble en lui cachant la réalité et la vérité.
On le maintient en dépendance d’une situation, d’un constat, qu’il faut au contraire dénoncer pour promouvoir l’avenir en lui ouvrant le chemin de la thérapeutique, de la pharmacie -clinique, de la chimie-clinique et de la biologie-clinique.
Je remercie infiniment ce confrère, car, il me permet de reparler encore une autre fois de ce souci !
Je n’ai pas voulu plusieurs fois cacher le caractère légal qui fait du Docteur en pharmacie, devant le code pénal, des assujettis, tributaires aux lois du commerce.
J’ai voulu simplement dire que si le pharmacien était un commerçant du point de vu légal, en esprit il est membre des professions médicales libérales.
Certes, mais le pharmacien doit exercer son métier en tant que « dispensateur » de molécules à usage thérapeutiques, en tant que praticien en matière de santé publique.
N’est-il pas triste et douloureux de remarquer certaines vitrines qui n’ont que le caractère commercial et utilisent abusivement et incroyablement l’image de marque d’une officine ?
Si, ces pharmaciens deviennent de simples commerçants, comment pourront-ils justement faire mention de leur formation pharmaceutique, médicale, universitaire, ardue et pénible.

Cher confrère, le pharmacien se voit mal dispenser, délivrer, ou «vendre!», comme le disait les profanes et les mélancoliques.
«Vendre!» n’importe quoi, à n’importe qui, et n’importe comment en disant: je suis lauréat au Baccalauréat + 6 ans d’études, entre les sciences exactes, les sciences médicales et les sciences pharmaceutiques. Des sciences ardues qui me permettent d’agir ainsi!?
Alors, «pourquoi je ferai pharmacie?»
Cher confrère, les études en pharmacie, dans notre pays, ne sont pas orientées uniquement vers la délivrance médicamenteuse, mais vers toutes les sciences du médicament, biologie-clinique, pharmacie-clinique, chimie-clinique, et les
Sciences technologiques se rapportant à la santé publique et la recherche biomédicale, fondamentale à intérêt pharmacologique.
Dans tous ces domaines, le pharmacien apporte sa spécificité propre, il est un véritable conseiller de santé, le seul qui soit accessible à tous. Le pharmacien, contribue avec le prescripteur, avec le naturaliste, avec le biologiste, avec les fondamentaux, avec les chimistes, avec le clinicien et avec le patient. Il est polyvalent. En sixième année, nos étudiants pharmaciens internes occupent tous, les activités hospitalières, les mettant à même d’être en contact avec des patients avec des liquides biologiques des malades, du personnel soignant, et de la pathologie en un mot. L’internat de nos étudiants pharmaciens, leur permet d’effectuer une expérience humaine, irremplaçable étant rémunérés par les structures hospitalières. Cher Confrère, le pharmacien à une mission de santé publique, ainsi que la fonction de conseil et le suivi de l’observance. Ils font souvent de l’urgence, ce que j’appelle (la biologie-médicale). C’est là qu’intervient (la proximité), prendre la tension artérielle, s’occuper de la glycémie de l’urée de la créatinine, faire du dépistage et les examens chimiques de la grossesse. La gestion des stocks du médicament est le cheval de bataille. Le pharmacien fait la guerre contre les prescriptions à tord et à travers de la chimie – médicamenteuse sur ordonnances. Cela suppose de tout analyser, vérifier et contrôler quotidiennement.
Certes, tout n’est pas parfait, et certaines critiques restent fondées, comme la pénurie chronique des produits chimiques, des réactifs, des principes-actifs et équipement sophistiqué pour la « chimie-thérapeutique », sans oublier, malheureusement la détérioration et le déclin des laboratoires de certaines facultés de médecine ?! Pardon! Facultés des sciences médicales.
Mais quelle institution peut-elle se prévaloir de la perfection et de la qualité?
L’essentiel est de rester disponible à l’évolution, et c’est ce que notre corps enseignant (hospitalo-universitaire), dans son immense majorité, a prouvé. Cher confrère, les études de pharmacie sont difficiles, plutôt « insolubles ».Il est vrai, et elles nécessitent de la part de nos étudiants et résidents lauréats aux baccalauréat qui s’y lancent des efforts personnels importants et longs. Mais, cela n’en veut-il pas la peine et le calvaire ?
A quoi servent d’autres titres, acquis peut-être plus facilement, docilement, si comme beaucoup ils ne conduisent qu’à grossir la cohorte ou la caravane des demandeurs d’emplois?!
A titre d’exemple, nos étudiants de post-graduation en (chimie thérapeutique et médicinale) participent activement à la vie de leur faculté des sciences médicales!
Ces étudiants en post-graduation (résidents) font partie du conseil pédagogique régional, et ont ainsi la possibilité par leurs initiatives et leurs interpellations d’entraîner toutes les améliorations utiles aux CHU, EHU, et à la faculté. Souhaitons donc que ceux qui seront nos consœurs et confrères de demain aient le dynamisme en restant toujours en ébullition et l’ouverture d’esprit qui sont dans toutes les sciences médicales, le gage et le garant de la réussite.
C’est vrai cher confrère, la pharmacie, un commerce mais bien différent des autres, c’est un lieu de santé de proximité ou chaque jour les pharmaciens et leurs équipes paramédicales (préparateurs en pharmacie et non le corps étranger et les auxiliaires!),conseillent et accompagnent le patient durant sa maladie. C’est vrai, dans le monde entier, le pharmacien est présent dans son officine, sauf en Algérie! Paradoxe des paradoxes.
Cher confrère, Le pharmacien est aussi le spécialiste du médicament vétérinaire et ceci passe aussi par le renforcement de l’enseignement de la chimie-thérapeutique dans nos facultés des sciences médicales.
Cher collègue, Il est le seul professionnel à pouvoir exercer cet art.
Le pharmacien, étant au bout de la chaîne de la prescription médicale, il contribue à l’exécution des analyses médicales élémentaires autorisées en pharmacie, alors et c’est malheureux de le dire : des non médicaux sortants des facultés des sciences, non retenus par leurs moyennes de baccalauréat pour qu’ils s’inscrivent aux facultés de médecine, non sortants des écoles paramédicales et non pharmaciens, qui exercent, manipulent des échantillons biologiques humains en tant que laborantins!? Et le drame du spectre, avec un (TAKASSOS-HAYAOUANE !)… et devant les yeux du conseil de l’ordre de déontologie médicale! Alors, dites-nous, sont-ils des arnaqueurs? Alors que tout le monde sait, que la biologie–clinique offre la possibilité aux pharmaciens titulaires d’un DEMS, et la tâche de laborantin offre la possibilité aux paramédicaux qui sont les préparateurs en laboratoire. Le droit de « substitution » à fait du pharmacien un «Co-prescripteur», il assure la compréhension du traitement médical, réalise des préparations magistrales, galéniques et officinales, participe à la prévention et le dépistage, et contribue dans le retrait des lots ainsi que la pharmacovigilance. Le médicament est un produit de santé cher confrère, qui peut comporter des dangers et dont la délivrance nécessite, de ce fait, l’intervention du pharmacien dans son officine pour la sécurité du patient. Ce praticien est notable cher ami, prudent, sobre et craignant dieu avec ses remèdes secrets. Ce portrait de l’homme de l’art est en totale contradiction avec l’image donnée par vous cher confrère!
Je conseillerais à tous les jeunes étudiants en graduation et en post- graduation «médecin» d’aller voire opérer les «apothicaires» et de mettre la main à l’œuvre, ils seraient bien plus sûrs de leur fait quand il s’agirait de prescrire leurs comprimés de chimie sur ordonnance. La communication «pharmacien-médecin» passe essentiellement par les règles fondamentales régissant la rédaction d’une ordonnance médicale. Par ailleurs, tous les hôpitaux considérés comme CHU pour les prescripteurs devraient l’être également pour les Docteurs en pharmacie. Tout le monde est au courant que des jeunes étudiants et sans expérience en médecine algérienne, peuvent prescrire toute sorte de molécule thérapeutique, et de ce fait, la présence du pharmacien-clinicien est primordiale aux CHU et aux structures sanitaires. Les algériens se rappellent, avec nostalgie, un passé pas lointain ou le pharmacien, vêtu de sa blouse blanche immaculée, étant un « recours précieux » prodiguant des conseils fiables et sûrs. Donc une chimie thérapeutique et médicinale aux CHU et EHU s’impose pour éviter la « banalisation » du médicament que nous observons jours et nuits sur ordonnances prescrit à tort et à travers, des erreurs sont à l’origine de l’hospitalisation ou de la mort de plusieurs personnes. Depuis les réformes médicales des années 70, l’enseignement en science médicales n’à pas connu d’évolution ces derniers jours, Et le débat tourne autour de la finalité des spécialités vitales absentes, et inexistantes au niveau de nos CHU, comme la chimie thérapeutique et clinique pour une problématique qui est vraiment tout, sauf secondaire. Je ne vous cache pas qu’il n’y a pas lieu d’être content d’un tel «constat». Pour moi une telle « impasse » est une véritable énigme. Nous savons bien, qu’il est des esprits chagrins et pessimistes, disons-nous qui doutent de la noblesse, la dignité et la grandeur de ce rôle. Ils ne voient dans la profession, que mesquines rivalités et jalousies commerciales et en président l’évolution vers le « drogue-store ». Le pharmacien, par sa formation est l’unique et l’indivisible analyste, bien placé pour être un technicien averti des explorations médicales. Qu’on ne dise pas, comme quelques désabusés, et d’autres blasés, à quoi sert-il de faire des études ardues et pénibles ?
Certes, cher camarade, le pharmacien doit respecter sa profession en tant que praticien en matière de thérapeutique. La loi c’est la loi. Personne ne le conteste, ne le refuse, et je ne le conteste pas. Mais il y a la forme et l’esprit. C’est l’esprit que je défends, mon très cher confrère, Merci beaucoup, mon très cher compagnon, de m’avoir permis à nouveau de poser la question:
Le pharmacien est-il un commerçant ?

Par Yahia Dellaoui: Thérapeutique et Journalisme

À propos Professeur Yahia Dellaoui

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